9-Julie, maman de triplés de 19 mois !

Julie est maman de 5 enfants !

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Suzanne, 9 ans
Léon, 6 ans
Ernest, Gustave et Ferdinand, 19 mois nés à un peu plus de 34 SA d’une grossesse bichoriale triamniotique.

Elle a découvert mon blog et a souhaité partager son expérience de maman de multiples.
Je trouve son témoignage juste et particulièrement réaliste tant elle exprime bien la façon dont l’arrivée de ses trois petits garçons a bouleversé sa vie.

D’un aspect plus général, je me questionne régulièrement sur ce que j’ai envie de transmettre au travers de mon blog.
J’ai décidé il y a quelques semaines de créer la rubrique dans laquelle je donne la parole aux mamans de multiples dans le but d’apporter à celles et ceux qui en ont besoin un regard éclairé sur la maternité avec des multiples mais aussi sur tous les aspects plus questionnant ( grossesse, naissance, retour à la maison, allaitement,…).

Personnellement j’aime beaucoup lire les témoignages. Je les trouve tous très riches à leur manière et chaque problématique est bien décortiquée.

Mais ce qui me plait et me passionne, ne plait pas forcément à tout le monde et aujourd’hui, j’aimerais sonder un peu mes lecteurs.

Est-ce que cette rubrique vous plait ? Est-ce qu’elle vaut le coup d’être continuée ?

J’avoue avoir moins de temps en ce moment pour écrire, mes journées sont bien chargées et mes soirées me servent essentiellement à souffler auprès de mon mari.

Les récits des mamans permettent également à mon blog d’avoir une vie…

Je vous laisse avec la belle histoire de Julie.

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1- Comment as-tu découvert ta grossesse multiple?

J’ai découvert que j’attendais des triplés à l’occasion de ma 1ère échographie vers 10 semaines de grossesse. Quand l’écran s’est allumé, j’ai tout de suite vu deux poches donc je me suis dit que j’attendais des jumeaux. Puis, le médecin nous a dit (mon mari était présent heureusement…) « Donc vous êtes déjà au courant du nombre de fœtus ? » Je lui ai répondu que non car c’était ma première écho et je lui ai demandé « Pourquoi, il y en combien ? » Et là, il a répondu qu’il y en avait trois. Je lui ai dit que ce devait être une blague, mais là il nous a montré l’écran en expliquant que dans la poche du haut, ils étaient deux et qu’un autre était seul dans la poche du bas. Là, le rire et les larmes se sont mélangés entre incrédulité, angoisse et nervosité… Nous attendions des triplés…

2- Comment s’est déroulé ton suivi de grossesse?

Au départ, j’étais inscrite aux Diaconesses, mais dès la première écho, les médecins m’ont dit qu’il fallait que je passe dans une maternité de niveau 3. J’ai donc contacté immédiatement l’hôpital Trousseau qui m’a mise sur liste d’attente !! Après une semaine d’angoisse, ils m’ont donné un 1er rendez-vous quasiment 2 mois plus tard en me disant de consulter mon gynéco de ville en attendant. Sauf que ma gynéco n’a jamais eu de cas de triplés en 30 ans d’exercice et du coup, je n’avais personne pour répondre à mes très nombreuses questions…

Finalement, je me suis  rendue à une réunion de l’association Jumeaux et Plus qui avait lieu à l’hôpital et là j’ai pu rencontrer l’obstétricienne qui m’a donné un rendez-vous beaucoup plus tôt… Le suivi a donc vraiment commencé. Au départ, on m’avait dit que j’aurais une écho chaque mois. Mais comme il y avait des jumeaux monozygotes partageant le même placenta, j’avais un risque de STT (Syndrome Transfuseur Transfusé) donc j’ai eu droit à une écho tous les 15 jours. Un suivi intense donc à la hauteur de cette grossesse à risque. J’ai eu la chance d’être suivie par une obstétricienne spécialisée dans les grossesses multiples et qui m’a vraiment super bien accompagnée.

J’ai eu une bonne grossesse sans trop de souci. Jusqu’au début du 6e mois, je prenais encore le métro. Puis, j’ai eu une alerte avec des contractions donc j’ai réduit drastiquement mes déplacements, mais sans être alitée. J’ai été hospitalisée 2 jours en décembre à cause de cela. Puis, à nouveau 2 jours en janvier pour une cholestase (dérèglement du foie). A partir de là, je devais me rendre à l’hôpital toutes les semaines pour un contrôle sanguin de la cholestase avec monitoring en prime. Le dernier mois a été pénible physiquement, j’avais une sciatique, je suis tombée malade, je toussais beaucoup, j’ai fait de l’asthme, puis la cholestase… Je savais qu’il fallait les tenir au chaud le plus longtemps possible, mais clairement je n’en pouvais plus…

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3- Raconte-nous la naissance de tes enfants.

J’étais à 34 semaines + 1 (7 mois) et j’avais rendez-vous à l’hôpital pour mon écho de contrôle, une prise de sang et un monitoring.

J’ai commencé par l’échographie qui était positive : très bonne croissance des bébés, rien à signaler. Puis, prise de sang. Et enfin, le monito. Une vraie épreuve car cela durait facilement 2 heures, ils n’avaient jamais le bon matériel, ça sautait tout le temps, on perdait souvent un des bébés, il fallait recommencer… La sage-femme a fait durer le monitoring car elle trouvait que T3 décélérait. Du coup, elle m’a envoyée aux urgences pour refaire un monito…

Arrivée à 9h, là il devait être 16h, je commençais à fatiguer…

Bref, je refais un monito qui dure à nouveau plus de 2 heures.  Malheureusement, mon obstétricienne était en vacances cette semaine-là… Après une réunion staff, ils décident de me déclencher. Donc là panique à bord, je préviens mon mari pour qu’il me rejoigne le plus vite possible en salle de naissance.

Les médecins m’ont immédiatement posé une péridurale donc je n’ai senti aucune contraction ce qui est assez bizarre quand tu es sur le point d’accoucher… Ce devait être une voie basse car j’avais déjà eu 2 enfants et les bébés n’étaient pas très gros. Mon mari est arrivé et on a un peu attendu en salle de naissance avec beaucoup d’allers et venues des équipes : l’anesthésiste, le pédiatre, l’obstétricienne… Ils surveillaient le monitoring de près.

Et d’un seul coup, l’obstétricienne a dit, on vous passe en césarienne car il y a trop de risque (j’ai compris plus tard que T3 ne supportait pas bien les contractions…)

Alors là tout s’est accéléré et je me suis retrouvée au bloc avec une quinzaine de personnes autour de moi. Ils m’ont passé le produit pour l’anesthésie locale. Sauf que j’ai mal réagi et que l’anesthésie n’était pas assez forte, du coup j’ai eu droit à des doses de morphine, de lidocaïne en plus, et au masque à protoxyde d’azote. Et là avec tout ça,  j’ai fait un « bad trip », je n’arrivais plus à parler, j’ai cru m’évanouir… Ils ont sorti Gustave en premier, l’ont mis quelques secondes contre mon épaule, puis quelques instants plus tard, pareil pour Ernest mais je n’ai pas vu Ferdinand. Ces deux derniers ont fait une détresse respiratoire donc ils ont été emmenés très vite pour des soins et de l’assistance respiratoire. Mon mari est parti avec eux. L’hôpital n’avait qu’une place en néo nat donc ils m’ont tout de suite dit que Ferdinand allait être transféré dans un autre hôpital… En salle de réveil, j’ai pu le toucher dans sa couveuse du SAMU, mais ce fut difficile de le voir partir comme ça…

La naissance a donc été très mouvementée et plutôt brutale mais l’essentiel était que les bébés soient bien pris en charge.

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4- Peux-tu nous décrire ton séjour à la maternité ?

Pendant 2 jours, nous avons été éparpillés : Ferdinand à Port Royal, Ernest en néonat, Gustave à l’unité mère enfant et moi à un autre étage… Mais bon, moi-même je ne pouvais pas bouger à cause de la césarienne… Mon mari lui courait partout pour s’occuper des bébés à tour de rôle. Puis, au bout de 2 jours, Ferdinand et Ernest ont rejoint Gustave à l’unité mère enfant. Ils étaient ensemble dans le même lit. Un soulagement. Nous sommes restés 18 jours à l’hôpital, le temps que les bébés soient sevrés de la sonde gastrique et qu’ils prennent du poids.

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Nous avons découvert l’univers de la néonatalogie avec son stress permanent quand les bébés sont « branchés » de toutes parts, l’apprentissage des soins avec des prématurés, son personnel qui fait un travail formidable malgré les difficultés rencontrées par l’hôpital public… On est sortis en se disant qu’on avait eu de la chance de pouvoir disposer de soins parmi les meilleurs du monde pour nos trois petits…

5- As-tu allaité ou as-tu donné le biberon?

Alors j’avais déjà allaité les deux grands donc je souhaitais tenter avec les triplés tout en sachant que ce ne serait probablement pas exclusif. Comme ils étaient prémas et un peu faibles, ils avaient du mal à prendre le sein. J’ai donc tiré mon lait. Je les mettais aussi au sein mais ce n’était pas évident car on les pesait avant et après pour connaitre la quantité qu’ils avaient prise et ce n’était jamais suffisant, il fallait compléter au bib ou à la sonde.

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A l’hôpital c’était plutôt facile de tirer mon lait car j’avais l’aide des équipes pour gérer les bébés. J’ai tenu un mois. De retour à la maison avec la gestion des grands et la fatigue, trouver du temps pour tirer mon lait est devenu trop sportif donc j’ai arrêté.

6- Peux-tu nous dire quelques mots sur les premiers mois avec les bébés ?

Les premiers mois ont été intenses. La maison est devenue une « usine à bébés »… On avait un tableau de suivi avec les heures de biberons, les changes, les vitamines… Ils étaient calés idéalement à une ½ heure d’intervalle. Si l’un dormait trop, on le réveillait et si un autre avait faim trop tôt, on le faisait patienter.

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Évidemment les nuits étaient plus que hachées… On a fait appel à une garde de nuit une à deux nuits par semaine pour récupérer un peu. Trois fois plus de travail mais aussi trois fois plus d’amour et de câlins.

7- As-tu repris le travail à la fin de ton congé maternité ?

Oui mais à temps partiel. Je ne travaille que 3 jours par semaine. Le mercredi, je m’occupe des grands qui n’ont pas école et le vendredi je prépare au mieux les week-ends et je case mes rendez-vous médicaux ou ceux des enfants. Je suis encore fatiguée et fatigable (ils ont 16 mois) donc je ne me vois pas encore travailler à temps plein… Les jours où je travaille, j’ai 2 nounous : une pour les bébés et l’autre pour les grands.

8- Tes multiples sont-ils ensemble ou séparés à l’école ? Ce choix est-il le vôtre, celui des enfants ou a t-il été fait par le personnel enseignant ?

Si tes enfants ne sont pas encore scolarisés, as-tu déjà des souhaits ?

Ils sont encore petits, mais ça c’est vraiment une étape qui sera importante. Surtout que j’ai des monozygotes et un singleton donc je ne sais pas du tout comment ils vont construire leur relation. Pour la maternelle, d’un point de vue logistique et organisationnel, ce serait quand même plus simple s’ils étaient dans la même classe. Après, un peu plus grands, je pense qu’ils pourront aussi s’exprimer sur le sujet et nous déciderons ensemble…

9- Comment se passe la gestion de ton quotidien depuis que tu as des multiples ?

Clairement, il faut être organisé et être aidé si on peut se le permettre…

Le matin c’est toujours la course, il faut respecter le timing pour être à l’heure à l’école et à la crèche… Pour le reste, ça roule plutôt bien grâce à la nounou des bébés qui nous aide beaucoup pour les sorties de crèche jusqu’au coucher des bébés. Mais un grain de sable et la machine s’enraye tout de suite : nounou malade, bébés malades et là il faut  jongler pour tout réorganiser à la dernière minute. Donc c’est pas mal de stress et de fatigue et ça peut vite devenir chaotique, mais comme dans les films américains : on s’en sort toujours à la fin !

Et il faut trouver du temps à accorder à chacun ce qui n’est pas toujours évident quand on est pris dans le rythme du quotidien.

Mais je pense que dans l’ensemble, ça fonctionne plutôt bien et on arrive à passer de bons moments tous ensemble et avec chaque enfant.

10- Qu’est-ce que t’a apporté le fait de devenir maman de multiples ?

C’est une remise en question de la vie que nous avions prévue, c’est une vraie aventure. Cette situation inédite fait que j’apprends tous les jours. Mes enfants, mon mari et moi avons des ressources que nous ne soupçonnions pas… Il faut aussi souvent se remettre en question, pas facile tous les jours, mais du coup, on ne s’ennuie jamais !

11- Avec le recul que tu as, quelle est la chose la plus difficile selon toi ?

Je dirais qu’il  y a une difficulté physique : la gestion de la fatigue. On a cumulé une grosse dette de sommeil et pour l’instant nous n’avons pas réussi à la rattraper. .. Il faut réussir à dépasser ça car cela peut jouer sur le moral et la patience… pas évident tous les jours…

Et puis il faut aussi se faire à l’idée du bouleversement de notre projet de vie : le logement est devenue une épineuse question, finis les voyages, ma carrière professionnelle est mise en pause…

Cela impacte toute notre façon de vivre : fini l’improvisation, les vacances prévues à la dernière minute, il faut anticiper un maximum… Voilà, il faut inventer une nouvelle vie, un vrai challenge au quotidien et pour le long terme !

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Je remercie beaucoup Julie pour son témoignage !

 

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8- Peggy, maman de triplées de 5 ans.

Aujourd’hui, je vous présente Peggy ! Elle a 42 ans et est maman de 4 enfants :
Lysandre, 10 ans
Cyrielle, Sélène et Lucile, 5 ans nées à 34 sa + 3 jours.
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J’ai rencontré Peggy pendant son séjour au CHU. Nous ne nous sommes jamais revues mais je garde un souvenir d’une maman très positive pendant sa grossesse.

J’ai beaucoup aimé son témoignage car il est riche en zen et positive attitude, cocktail indispensable quand on attend et qu’on devient parents de 3 enfants en même temps !

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1) Comment as-tu découvert ta grossesse multiple?

Eh bien… Je suis un boulet de compétition ! J’ai bidouillé ma pilule en mai 2012 pour être tranquille (j’avais organisé une grosse fiesta pour les 60 ans de mon père, sa retraite et la crémaillère des mes parents). Résultat, test positif 3 semaines plus tard… C’était un œuf clair, qui s’est terminé par un curetage en juillet.
J’attendais mon retour de couches pour reprendre la pilule (ce n’est pas le premier jour des règles qu’on commence la pilule ???). Fin août, je me pose des questions, mais on vient d’emménager après avoir traversé la France, j’ai donc d’autres préoccupations. Mi-septembre, ne voyant rien venir, je fouille sur internet et je tombe évidemment sur des articles qui parle de curetage raté, de synéchies… Bref, je me dis qu’avec mon chance habituelle, tout n’a pas dû se passer correctement. J’en fais part à mes copines (sur internet). Ça les fait bien rire, surtout quand l’une d’elle me dit « tu sais moi mon retour de couche, il s’appelle Marius »…  Ahhhh ! Je garde ça en tête 2 jours et j’en parle à cher et tendre, qui se marre bien lui aussi. Hormis ces règles qui n’arrivent pas, je n’ai pas vraiment de symptômes, si ce n’est un essoufflement important et inhabituel (à l’époque je courrais 10km en 1h sans problème). Rendez-vous est pris le vendredi à la polyclinique pour une écho le mercredi suivant… Bizarrement, alors que je ne me savais pas encore enceinte, j’ai vomi pour la seule et unique fois de ma grossesse le lundi précédent cette écho…
Boris et Lysandre (mercredi oblige) m’ont accompagnée. Je suis allée seule dans la petite salle pour l’écho. Et là le gynéco me sort « ah mais c’est pas possible, statistiquement, c’est pas possible, vous êtes la 4ème grossesse gémellaire de la semaine ». Du coup, j’appelle le futur papa qui regarde le moniteur et se pince la lèvre genre oups j’ai fait une grosse bêtise. Il faut dire qu’il disait depuis longtemps (avant de me connaître) qu’il aimerait avoir des jumelles. Ce à quoi je répondais que un par un c’était sympa aussi…
J’étais enceinte d’un bon mois. Comme Lysandre était avec nous, nous lui avons expliqué, même si c’était tôt, que j’avais 2 bébés dans le ventre. Ce à quoi il nous a dit que non, il y en avait 3 ! Et il le répétait à qui voulait l’entendre.
Un mois plus tard, seconde écho. Là, l’échographiste passe la sonde sur mon ventre et la retire aussitôt. J’avais eu le temps de voir  sur l’écran un cercle apparaître, disparaître, puis un autre apparaître, disparaître et enfin un troisième… L’échographiste nous a révélé de suite qu’il y avait non pas 2 mais 3 bébés. Elle a été bien soulagée de notre réaction puisque nous avons ri. L’annonce de multiples est souvent mal vécue a priori.
Le soir même, ma grand-mère m’a téléphoné pour savoir si Lysandre avait raison. Ce à quoi j’ai répondu « oui mamie ».

2) Comment s’est déroulé ton suivi de grossesse?

Forcément, j’ai été très suivie. Enfin presque… Ils m’ont un peu oublié à la polyclinique. Oublié de fixer des dates de rendez-vous avec le médecin. Finalement, je n’aurais eu qu’un rendez-vous et c’était pour parler de réduction embryonnaire. Sans qu’on ne nous donne aucun détail sur la procédure, on ne nous a parlé que des risques, en nous faisant peur, en nous disant que d’élever 3 bébés c’était une chose mais 3 bébés handicapés en était une autre. En nous renseignant sur la réduction en rentrant chez nous, il était clair que nous ne pourrions pas le faire. La nature les avait mis là, la nature allait décider de la suite.
De toute façon, exit la polyclinique qui se trouvait à moins de 10 min de chez nous. Il nous fallait une catégorie 3, donc le CHU. Le premier rendez-vous avec l’échographiste a été rock’n roll. A peine sur le pas de la porte, elle m’a regardée et dit « ah c’est vous la grossesse triple. Il paraît que vous avez refusé la réduction. Il y a vraiment des parents inconscients ». Euh… bonjour à vous aussi.
Lors de l’écho, elle m’annonce que, contrairement au diagnostic de la polyclinique, je n’ai pas 3 poches, 3 placentas mais 3 poches, 2 placentas. Sachant ce que cela signifiait (une de mes amies a perdu une de ses jumelles à 1 mois de vie à cause du syndrome transfuseur-transfusé), j’ai fait mon premier malaise vagal ! Ce qui m’a valu une remarque sèche « vous en faites souvent ? Parce que c’est que le début là »… Euh non c’est le premier. Avec la chaleur de l’appareil, j’en ai fait un quasi à chaque échographie (j’apportais un petit jus de fruits, malgré un petit diabète).
A l’écho de janvier, on m’a dit d’emmener ma valise à celle de février. Mon col rétrécissait à chaque écho. Et bingo, j’ai été hospitalisée le 7 février 2013. On m’a installée dans une grande chambre, vue sur Loire.
Le plus compliqué était de devoir subir les monitoring. Cyrielle était très facile à trouver et jusqu’à la fin, elle nous faisait des courbes parfaites. Lucile pareil, mais plus difficile à capter les derniers jours. Mais alors Sélène… Une galère sans nom. La plus petite, haut perchée. Les sages-femmes devaient parfois sortir l’échographe portatif pour la trouver. Et même quand on entendait son cœur, ça ne tenait jamais très longtemps. Toutes ses courbes étaient en pointillées. Les monito devenaient interminables (plus d’une heure, deux heures même pour l’un d’eux). La position me faisait contracter par les reins. Je résistais tant bien que mal, jusqu’à ce que la douleur et les larmes me fassent changer de position (je savais que ce changement allait faire durer le monito plus longtemps)…  Les contractions ont par 3 fois causé une ralentissement cardiaque important pour Sélène (de 160 battements à 46, ce chiffre est gravé dans ma mémoire ainsi que le son qui s’estompe…), créant un branle-bas de combat dans le service pour me monter en urgences au bloc pour une césa. Heureusement, une fois en haut, le monito de contrôle a montré chaque fois que son cœur battait à nouveau au bon rythme.
Je n’ai pas mal vécu ce suivi très médicalisé. Ma grand-mère maternelle avait accouché de 3 garçons après avoir eu ma mère dans les années 50. Sans suivi, ni écho, sans savoir qu’elle en avait 3 à faire naître… Ils sont nés trop tôt. Ils n’ont pas ou quasi pas vécu.

3) Raconte-nous la naissance de tes enfants.

C’était le week-end de Pâques, le lundi. Mes parents sont venus avec mon fils. Lui, qui n’avait rien dit jusque là, m’a dit d’une petite voix « j’aimerais qu’elles sortent ». Il faut dire que ce n’était pas drôle pour lui. J’étais hospitalisée, Boris commençait un nouveaux boulot. Du coup mes parents s’en occupait beaucoup mais ils habitaient à 45 min de chez nous, de l’école. Il en a fait de la route à l’époque. Il était prévu qu’il dorme chez mes parents ce lundi et Boris avec moi dans la chambre. Mais vu sa petite mine Boris m’a dit qu’il avait besoin de dormir dans son lit, chez nous. Ce qu’ils ont fait.
On s’est téléphoné le soir. Après avoir raccroché vers 22h, je me suis levée pour aller aux toilettes. Et là, dans la salle de bain, j’ai perdu les eaux (et pas qu’un peu). J’ai rappelé mon homme pour lui dire de venir. Ensuite j’ai sonné la sage femme.
On m’a monté dans la joie et la bonne humeur à l’étage pour la césarienne. Il n’a jamais été question de voies basses. Ça ne m’a jamais posé problème. L’essentiel était la santé des filles. Sélène n’aurait de tout façon jamais supporté les contractions d’un travail de plusieurs heures, elle qui sortait la dernière.
L’accouchement s’est très bien passé. Tout le monde était détendu, moi y compris. Les filles ont pleuré tout de suite. La gynéco m’a  dit que j’avais 2  blondes  et  une  brune (en fait 2 rouquines). On me les a présentées pour un p’tit bisou à chacune et hop direction l’équipe de soins accompagnées du papa.
Cyrielle est née à 1h13 elle pesait 1,920 kg
Lucile est née à 1h14 elle pesait 1,950 kg
Sélène est née à 1h15 elle pesait 1,440 kg
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4) Peux-tu nous décrire ton séjour à la maternité?

Je suis restée 8,5 semaines à l’hôpital ! Je l’ai bien vécu parce que finalement ma présence était logique et j’allais bien, les filles aussi. Mais elles risquaient de sortir beaucoup trop tôt (ils ne donnaient pas cher de ma peau quand je suis arrivée). J’ai tenu bien plus longtemps que prévu.
Tout le monde a pris soin de moi. Les sages femmes (à part une) étaient vraiment super. Les aides soignantes adorables. Et j’ai bien mangé ! Même avec un régime pour diabétique. Ce n’était pas du 3 étoiles, mais c’était tout à fait convenable.
Le plus dur a été après la naissance. Les filles n’étaient pas dans le même service. Sélène était séparée de ses sœurs, qui étaient en soins intensifs. C’était un déchirement d’être avec Cyrielle et Lucile et de la laisser seule en réa. Et jongler entre les 2 services c’était juste horrible.
Le service des soins intensifs a bataillé pour qu’elle rejoigne ses sœurs (il n’y avait plus assez de bébés en réa, du coup, ils ne voulaient pas qu’elle parte, bref sans commentaires…).
Ensuite, Cyrielle et Lucile ont eu l’autorisation de sortir le dimanche. Sélène devait attendre un peu. Le jeudi avant la sortie de ses sœurs, elle n’a pas fermé l’œil de la journée. Elle ne semblait pas en forme, avec un petit rhume. Les médecins lui ont fait une prise de sang et une radio pulmonaire (ils avaient peur qu’elle ne fasse une bronchiolite). En fait, elle était très anémiée. Elle a dû être transfusée le lendemain… Elle est finalement sortie le vendredi suivant, faisant un peu moins de 2 kg.
La laisser seule à l’hôpital a été moralement très compliqué. Les avoir enfin toutes les trois à la maison a été un tel soulagement.

5) As-tu allaité ou as-tu donné le biberon?

J’ai allaité un peu, tire-allaité beaucoup. Pendant 2,5 mois. Le problème était le manque de temps pour tirer mon lait. Il m’arrivait souvent de ne le faire que le matin et le soir. Suffisant pour les quantités mais physiquement désagréable.

6) Peux-tu nous dire quelques mots sur les premiers mois avec les bébés?

Nous nous attendions à ce que ce soit très difficile mais ça ne l’a pas été autant que ce que nous pensions. Il est vrai que nous étions très occupés. Trois bébés, c’est beaucoup de biberons à laver, de couches à changer, de câlins à donner. Et le grand frère avait aussi besoin de nous, même s’il est absolument exceptionnel. Très patient et aux petits soins pour ses petites sœurs. Un soir, il m’a même proposé de ne pas lui lire d’histoire si les filles avaient trop besoin de moi. Évidemment, il a eu son histoire tous les soirs. C’était notre moment.
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On n’a pas voulu les caler ensemble pour les biberons. On a préféré respecter leurs rythmes. Les nuits étaient courtes mais nous avions tous les 2 un bouton on/off. On donnait un biberon et on se rendormait avant le prochain. Quand Boris a repris le travail, je lui ai interdit de faire les biberons la nuit. Il avait été embauché 3 jours avant mon hospitalisation, je voulais qu’il soit bien en forme. Il faisaient les biberons jusqu’à 23h et ceux qui commençaient à 6h. C’était déjà énorme pour mon sommeil (surtout ceux du matin). Les filles étaient plutôt calmes, pas de grosses hurleuses. La nuit, je me réveillais dès que l’une bougeait, elles n’ont jamais eu le temps de pleurer pour réclamer leur dû.
Finalement en avoir 3 était très naturel pour nous, c’est le regard des autres quand on partait en balade qui nous faisait comprendre que ça ne l’était peut être pas tant que ça. Nous pourrions sûrement tous/toutes écrire un livre sur les réflexions qu’on a reçues d’inconnus… La pire pour ma part est venue d’une dame d’un certain âge qui m’a dit en regardant les filles : « elles lui ont tout pris à l’autre », en parlant de Cyrielle qui n’a pas la chevelure rousse ni les yeux bleus de ses sœurs…

7) As-tu repris le travail à la fin de ton congé maternité?

Oui… En octobre, à temps partiel (j’ai toujours mes mercredis d’ailleurs), elles avaient donc 6 mois. Le congé parental est indemnisé de la même manière pour un ou trois enfants. Alors certes, on touchait 3 « paje » mais vu les investissements nécessaires (poussettes, cosys, lits, voiture, nouvelle maison…) et le budget couche/lait, nous aurions un peu souffert financièrement ou alors nous nous serions privé de beaucoup de choses, choisi une maison plus petite, limité les sorties (et pénalisé le grand frère par la même occasion)… Et puis, fréquenter des adultes, c’était pas mal aussi.

8) Tes multiples sont-ils ensemble ou séparés à l’école? Ce choix est-il le vôtre, celui des enfants ou a t-il été fait par le personnel enseignant?

Si tes enfants ne sont pas encore scolarisés, as-tu déjà des souhaits?

Elles étaient ensemble en PS. Je trouvais ça plus cool pour les débuts. Une entrée à l’école les unes sans les autres me paraissait inconcevable et un peu cruel. Elles faisaient sans problème les activités séparément, chacune dans un groupe différent mais avaient tendance à retourner ensemble à la fin. Cyrielle est plus sociable. Lucile et Sélène s’auto-suffisaient (seule, même pas en duo). Encore maintenant, Cyrielle a toujours plus de copines. En MS, nous les avons séparées. Nous le voulions sans savoir si on le ferait en MS ou GS (en tout cas, avant le CP). Leur maîtresse les pensait prêtes. La rentrée s’est passé sans aucun problème (finalement, j’étais la plus stressée, la seule à stresser pour dire vrai). Elles ont apprécié d’avoir chacune leur maîtresse, leurs copains. Nous avons la chance d’avoir 3 niveaux par classe en maternelle et en primaire. Elles sont proches, jouent beaucoup ensemble (des heures de calmes grâce aux légo, playmo, petshop et autres polly pocket…) mais elles ne souffrent pas d’être séparées. Elles ne sont pas invitées aux mêmes anniversaires. Heureuses de vivre leurs expériences et de se retrouver pour se les raconter.
Elles ont fait leur rentrée en GS, à nouveau séparées. Et tout se passe très bien.

9) Comment se passe la gestion de ton quotidien depuis que tu as des multiples?

L’impression de toujours courir. D’un manque de temps horrible. Jongler entre le boulot, les enfants, l’école, les activités sportives… Et la gestion du linge qui est vraiment chronophage !!! Mais, les filles ont 5 ans et ça chance beaucoup de choses. Elles deviennent de plus en plus autonomes. Les quatre sont faciles à vivre. Pas de caprices, de rebellions, ils coopèrent très facilement. Ils aiment aider, faire plaisir, faire des bisous et des câlins (nous ne sommes pas en manque de ce côté là). Il y a bien quelques chamailleries mais dans l’ensemble, ils s’entendent tous très bien. Ils jouent parfois tous ensemble, parfois en duo, le plus souvent dans le calme. J’avoue passer des heures à les regarder jouer et se raconter des histoires. C’est souvent très drôle.

10) Qu’est ce que t’a apporté le fait de devenir maman de multiples?

Je me sens plus maman de 4 enfants (donc famille nombreuse) que maman de multiples. C’est difficile à expliquer.
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Nous n’avons pas trop fait cas de l’arrivée massive de bébés dans notre foyer, de cette gémellité. Nous avons bien pris l’annonce, leur arrivée, le changement de rythme. Finalement, tout s’est fait de façon très naturelle. J’ai l’impression parfois de passer pour une extra terrestre aux yeux de mes collègues, copines… Mais je pense que, dans le fond, c’est plus facile à vivre qu’à imaginer.

11) Avec le recul que tu as, quelle est la chose la plus difficile selon toi?

Contrairement à ce que les gens pensent et me disent, le plus dur n’était pas les débuts. Nous étions préparés au pire alors finalement nous avons trouvé ça tout çà fait gérable. C’était plus difficile entre les 2 et 3 ans.
Nous étions épuisés !!! La fatigue nous bouffait. Le manque de sommeil, une accumulation de petites nuits à la limite du supportable. Et ce n’était pas même pas dû au nombre d’enfants. Sur les 4, seule Cyrielle a eu des problèmes de sommeil. Petite, elle dormait peu (même bébé, c’était impressionnant, 10 min de sommeil dans la voiture et Mademoiselle avait fait sa sieste de l’après-midi) et se réveillait toutes les nuits, plusieurs fois par nuit. Elle faisait beaucoup de cauchemars, nous nous levions plus de 10 fois certaines nuits. Elle dort bien depuis ses 4 ans environ… Les autres ne sont pas de grosses dormeuses non plus et sont matinales (depuis cet été, elles nous gratifient d’un levé à 7h30-8h, l’année dernière c’était plutôt 6h30-7h) mais elles ne se réveillent jamais en pleine nuit en pleurant. Elles nous ont fait/font quelques réveils en plein milieu de la nuit mais elles ne pleurent pas et ça, pour nos nerfs, ça change tout.
Et puis, les maladies x 3 voire x 4… En mai et juin 2017, ils ont fait fort ! Une vendredi soir, l’atsem nous a dit que les 3 poupettes avaient la varicelle. 15 jours après, le grand frère l’a déclarée. Ils avaient encore des boutons quand Cyrielle et Sélène ont eu une violente gastro qui leur a valu une nuit sous perf à l’hôpital le lundi de pentecôte. Lucile l’a eue le mercredi… Tout ce qui entrait, sortait, l’horreur. A peine remise, Lucile a eu une angine avec scarlatine… Fatigue, vous avez dit fatigue…
Pour le reste, nos enfants sont plutôt faciles à vivre, ils nous suivent partout. Les filles n’ont jamais pleuré dans leur poussette, même nourrissons. Les courses se faisaient dans le calme, l’attente chez les médecins aussi (d’ailleurs, elles adorent y aller et se faire ausculter). J’avais même inscrit le grand à la piscine quand il avait 5 ans et elles 6 mois. J’assistais au cours avec une en portage et 2 en cosy (après avoir gravi 2 gros escaliers et traversé la piscine pour m’asseoir dans les gradins). Elles ont passé des après-midis aux compétitions de judo (j’avoue que j’étais fière d’elles, elles étaient très patientes). Bref, tout à rouler, à part le sommeil… Les autres difficultés n’étaient pas importantes au fond mais juste amplifiées par le nombre d’enfants et la fatigue.
cloître de cadouin 08.2018

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Peggy, je te remercie beaucoup pour ton joli témoignage dans lequel je me retrouve beaucoup et qui, je l’espère, inspirera d’autres mamans !