30 ans, 3 grossesses, 6 enfants !

Il y a dix ans j’étais enceinte de mon premier enfant ! A l’époque, je me voyais très bien avec trois enfants, arrivés les uns après les autres sans trop d’écart d’âge.

8 mois

bébé

Zéphir est arrivé dans une période de ma vie où j’étais encore insouciante. Je l’ai accueilli calmement, sereinement. Je venais d’avoir 21 ans et j’étais loin d’imaginer qu’à 30 ans j’aurais six enfants dont deux fois des multiples !

La grossesse triple a été une véritable surprise. Nous l’avons su lors de la première échographie. Celle où on vient voir si le bébé va bien à 2 mois et demi !

021. 1+¿re +®cho

Ça a été un grand choc. LE bouleversement de ma vie.

IMGP0253

IMGP0615

La grossesse a été très angoissante. Les obstétriciens étaient pessimistes, inquiets et pas vraiment d’une grande aide psychologique. Je me suis enfermée dans ma bulle afin d’imaginer que oui, peut-être j’aurais la chance d’accueillir trois bébés en bonne santé. Je me suis alitée d’office et j’ai attendu que le temps passe.

La prématurité est une sorte d’évidence quand on porte trois bébés et on doit s’y préparer sans savoir réellement ce qui nous attend.

Et puis ils sont nés à 7 mois de grossesse. Malgré leurs petits poids de naissance ( 1,480 kg, 1,560 kg et 1,580 kg ), Balthazar, Opale et Adémar sont arrivés en bonne santé et après six semaines d’hospitalisation, ils sont rentrés à la maison !

IMGP0836

IMGP0983

IMGP0004

IMGP0842

Avant leur naissance, j’avais des envies et des convictions mais j’ai vite compris que finalement, j’allais surtout faire comme je pouvais. Qu’il fallait juste survivre à cet ouragan.

J’ai eu le sentiment d’être parachutée dans un monde inconnu. Une grossesse hyper surveillée et hyper médicalisée d’abord, la prématurité et enfin la gémellité ! Il n’y a pas de jumeaux dans ma famille. J’ai tout de suite eu le sentiment que c’était un monde à part. Un monde que je ne connaissais absolument pas.

Par la force des choses, je crois que j’ai grandi d’un coup, avec eux. Je me suis sentie chargée de tellement de responsabilités que je n’avais pas choisies !

IMGP0428.JPG

On peut choisir de faire des enfants. Mais pas d’en accueillir plusieurs en même temps. Et si beaucoup de parents nous disent qu’ils auraient adoré avoir des jumeaux, la réalité enchante bien moins dans le cas de triplés !

Enfin, j’ai eu le choix bien sûr durant ma grossesse d’avoir recours à la réduction embryonnaire mais ça c’est un autre sujet !

La vie change quand on est parents de multiples. On est confrontés à des questions que les autres parents ne se posent pas. On doit toujours réfléchir à la façon dont on va mettre en place les choses, pour que ça se passe au mieux.

Mais on n’est jamais certains de nos choix. On tâtonne. On se dit qu’on s’adapte, qu’on fait au mieux et on voit comment ça se passe. On fait les choses dans l’ordre mais toujours avec une organisation sans faille. Sans vraiment penser à soi.

Et à côté de ça, on ne vit plus dans l’ombre. Je suis devenue  » celle qui a eu des triplés alors qu’elle avait un bébé de 11 mois ! » du jour au lendemain. On me regardait dans la rue. On m’arrêtait. On touchait à mes bébés, ( ben oui les multiples sont des bêtes curieuses ! ). On me posait des questions très intrusives. On me félicitait. Je fascinais. Ou au contraire je dégoûtais !

IMGP0165

Et puis il y a les discours des gens qui savent que faire des multiples impliquent forcément une aide médicale. Ils se disent que c’est impossible de faire des triplés spontanément. Et encore moins de faire deux fois des multiples spontanément !

Et pourtant, c’est possible ! Je connais des mamans qui ont eu des triplés spontanément. J’en connais aussi qui ont eu besoin d’aide. Oui et alors? Finalement peu importe, la réalité, c’est que nous sommes toutes confrontées aux mêmes difficultés, aux mêmes remises en questions, aux même envies de tout plaquer pour un peu de tranquillité, de calme et de sérénité.

Malgré tout ça, je me suis toujours plus ou moins considérée comme une warrior. Oui parce que finalement c’est tellement rare que je me se sens un peu comme une personne à part, incroyable, capable de m’occuper et de surveiller de plusieurs enfants du même âge !

IMGP0155 (2)

Et malgré toutes les difficultés liées à l’arrivée de mes trois mignons, je savais qu’un jour, j’aurais un petit dernier.

Je l’avais déjà évoqué: j’avais besoin de materner, pouponner, profiter d’un seul bébé. Et je crois que j’avais aussi besoin de « finir » cette fratrie. Je ne la sentais pas complète, aussi dingue que ça puisse paraitre !

Alors on a joué ! Et on a gagné !

IMG_1891

Nous avons été les premiers surpris. Inconsciemment je fermais les yeux sur le fait que ça pouvait m’arriver une deuxième fois. Dans ma tête, c’était impossible. Comme si j’avais déjà donné toute l’énergie nécessaire à la gestion de multiples !

Pendant ma grossesse, j’ai cherché des témoignages sur le fait d’avoir deux fois des multiples. Pas sur le plan médical mais uniquement sur ce qu’on vit, nous, en tant que parents. Sur la façon dont on va gérer les choses.

Je n’ai finalement trouvé que des articles sur Elodie Gossuin et Roger Federer qui parlent de miracle et de chance avec des commentaires remplis d’arcs-en-ciel ! Donc bon, pas hyper réaliste finalement !

Enfin, pas réaliste pour moi.

Car peut-être que certains rêveraient de vivre ça ! ( Bon ok, mon discours est un peu parasité par le phénomène triple qui a été tellement difficile à gérer que mes pensées n’étaient pas hyper positives lorsque j’ai appris que j’attendais deux bébés ! )

Alors après, oui j’ai eu deux fois des multiples mais tout est si différent ! Les triplés et les jumeaux n’ont vraiment rien en commun. Ce sont des groupes qui ne fonctionnent pas du tout de la même manière ! Je sais que chaque fratrie de multiples à ses propres spécificités qui dépend aussi (il parait) de la zygosité! Mes enfants sont tous des dizygotes; ce qui signifie que chacun résulte de sa propre fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde.

Médicalement parlant, je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur le fait d’avoir deux fois des multiples. Ni sur les statistiques d’ailleurs. Mais depuis quelques temps je me demande finalement si je ne fais pas partie des femmes touchées par ce qu’on pourrait appeler une hyper fertilité ou une hyper ovulation.

Je me rends compte qu’aujourd’hui en France, ce qui intéresse la médecine ce sont les personnes souffrant d’infertilité.

D’ailleurs l’hyper fertilité et l’hyper ovulation sont deux notions sans aucun fondement scientifique.

Et pourtant j’ai l’impression d’être un cas clinique. Je n’ai jamais oublié ma contraception. Et j’ai la chance de ne pas faire partie des femmes qui tombent enceinte sous contraception. Celles dont finalement on parle peu aussi.

Moi, je tombe enceinte sous cinq jours après l’arrêt de la contraception après une multiple ovulation et plusieurs fécondations simultanées. Voilà.

20170621_154353.jpg

Aujourd’hui je ne veux plus d’enfants. Et je vis avec la peur qu’une grossesse survienne malgré tout. Alors il y a l’avortement bien sûr, mais j’ose juste imaginer l’impact psychologique sur la femme qui doit le subir !

J’ai essayé de parler avec des médecins de ligature des trompes.

 » J’ai six enfants à 30 ans, dont deux fois des multiples et je veux une contraception définitive ! »

 » Non madame, vous êtes trop jeune ! Revenez à 40 ans ! »

Ah ben génial ! J’ai peut être un syndrome particulier qui fait que j’ai des ovulations multiples mais peu importe. Personne ne s’en préoccupe et je ne rentre pas dans la case: stérilisation définitive pour cause de grossesses multiples pour la simple raison que je suis trop jeune; selon eux !

Je suis en colère contre le système qui nous empêche d’être libre de notre corps. Les médecins trouvent que c’est fantastique à l’ère où tant de couples essaient en vain d’avoir des enfants d’être capable d’en faire autant d’un coup.

Le miracle de la vie; c’est merveilleux !

Mais le miracle de la vie, il faut le vivre, l’accepter et l’assumer.

Bien sûr que je suis heureuse d’avoir mes enfants. Bien sûr que ma vie est incroyable. Bien sûr que je ne me verrais plus vivre sans mes 6 enfants ! Ils sont ce que j’ai de plus précieux et m’apportent tous, individuellement tellement de bonheur et de fierté .

20170228_193411

Mais avant d’avoir eu des triplés et des jumeaux, je n’étais pas consciente que le phénomène multiple pouvait frapper deux fois dans la même famille. Enfin si, une part de moi le savait mais dans ma tête c’était un fait tellement rare qu’il était impossible que ça m’arrive de nouveau.

Et, je me rends compte depuis quelques temps, que dans ma vie j’ai l’impression d’être normale mais que finalement le regard et les commentaires des autres me font tous les jours comprendre que je ne suis pas comme tout le monde. Que ma famille est différente de celle des autres. Que mes enfants seront toujours des êtres à part, avec une histoire à part, et que Zéphir restera toujours un peu dans l’ombre du phénomène multiple.

Je l’avais déjà mentionné d’ailleurs, dans notre famille, l’exception, c’est lui !

IMGP0245

Lui, qui est né seul !

 

 

 

 

 

 

Publicités

Mon séjour à la maternité: une vaccination définitive !

Plus jamais !

Cette phrase, je l’ai dite à de nombreuses reprises ces derniers mois.

– En début de grossesse lorsque je vivais avec des nausées permanentes.
-Au milieu de la grossesse lorsque je vivais avec l’angoisse de la prématurité.
-En fin de grossesse lorsque j’avais tellement de douleurs que j’avais juste envie d’accoucher pour être soulagée.
-Lors de la naissance des filles, lorsque j’avais l’impression d’être violentée ( coucou péridurale ! coucou examens du col ! coucou piqûres partout ! coucou césarienne !)

Mais enfin et surtout lors des jours qui ont suivi la naissance des filles !

Après la césarienne, je suis restée un moment en observation en salle de naissance. Ils surveillaient ma tension de près. A priori après une péridurale et/ou une anesthésie un peu plus forte, il est souvent observé une baisse de tension chez les patients ! Sauf pour moi qui montait à plus de 16 ! Je n’ai jamais fait de tension de ma vie ! Ils se sont demandés si ce n’est pas ce qui avait provoqué le début du travail. Et moi, je me demande toujours si ce n’est pas ce qui a orienté l’obstétricien à me césariser (en plus, bien sûr de la stagnation du travail ! )
Je ne sais pas vraiment combien de temps je suis restée en salle de réveil mais j’ai souvenir que cela m’a semblé très très long ! Bien sûr, ils surveillaient aussi l’involution de l’utérus par le biais de palpations fortes et violentes qui, au fur et à mesure, m’ont fait de plus en plus mal puisque l’anesthésie s’estompait petit à petit !

Nous avons pu rejoindre la chambre dans l’après-midi. En début de soirée, les soignantes m’ont demandé de me lever !

« Quoi ??? Déjà ??? « 

Oui, c’est nouveau, maintenant on se lève quelques heures après ! Enfin, pas moi. J’avais la tête qui tournait et des nausées très fortes. Je n’ai réussi à me lever qu’en fin de soirée ! Et c’était bien assez tôt  au vu des efforts que cela m’avait demandé !

Le lendemain matin, j’ai enfin pu prendre une douche ! Les infirmières m’ont demandé d’enlever mon pansement.

« Quoi ??? Déjà ??? »

Oui ça aussi c’est nouveau ! Allez hop, moins de 24h après, sous la douche sans pansement !

Dans la journée je commence à ressentir de fortes douleurs dans le ventre. J’ai le sentiment que l’on m’a tabassée.
J’en parle à l’obstétricien, qui, après examen, ne voit rien d’inquiétant. Il me dit que c’est normal. Je me dis qu’effectivement je suis passé par une opération non anodine, il faut du temps pour que les douleurs s’estompent. Il m’explique aussi que plus les mamans ont eu d’enfants/de grossesses, plus les douleurs liées à la rétractation de l’utérus sont importantes !  ( Je confirme, c’est terrible !)
Il prescrit tout de même des analyses de sang à faire plusieurs fois par jour.

Il repasse me voir le soir même, les douleurs ne se sont pas atténuées, au contraire, j’ai l’impression qu’elles empirent. Au moment où il me palpe le ventre, je me sens obligé de lui tenir le poignet pour ôter ses mains tellement j’ai mal. Je ne le sens pas vraiment serein. Il m’observe et demande aux infirmières de me surveiller.
Le lendemain matin, je suis à la diète forcée !

« Quoi ??? Comment ça pas de petit déjeuner ? « 

Et bien ce matin, l’obstéticien a prévu une échographie qui doit se faire à jeun. Ils m’emmènent pour la faire à … 11h ! (Heureusement, je ne suis pas encore morte de faim !)

A l’échographie, un hématome important est diagnostiqué. Et bien voilà ce qui me fait mal ! Mes analyses de sang ne présagent rien de bon, l’obstétricien reste sur ses gardes. Dans la soirée il passe me voir et m’annonce qu’il hésite à me réopérer.

« C’est assez simple, on rouvre sur la césarienne, on nettoie et on referme. »

« Quoi ??? Je commence tout juste à remarcher !  »

Là je commence à avoir peur ! J’ai tellement de douleurs dans tout le corps que je suis à bout. Je n’ai plus envie de rien. J’en ai marre de souffrir. Je pleure. Mes enfants viennent me voir dans l’après-midi alors que j’ai été remise sous perfusion. Ils s’inquiètent. Opale pleure, le contexte n’est pas serein, il est très difficile de les rassurer. Je suis amorphe dans le lit, incapable de bouger, incapable de sourire. Je pense à la journée difficile du lendemain: Gweltaz reprend le travail et je vais devoir m’occuper seule de mes deux filles alors que je tiens à peine debout.

Le lendemain matin, je suis de nouveau privée de petit-déjeuner.

« Quoi ???  Ça va être comme ça tous les matins ??? »

A priori non, heureusement ! Ils sont juste en attente des résultats de la dernière prise de sang pour savoir si je repasse par une écho et par une opération ou rien du tout !

Je regarde mes filles. Ce jour-là, Gweltaz a repris le travail. Je me lève parce que je n’ai pas le choix. Je me lève et je souffre, mais j’ai deux filles qui ont faim. Je me lève et je prends sur moi parce que je ne supporte pas l’idée que les auxiliaires les emmènent en nurserie.
Et en plus, je n’ai pas eu de petit-déjeuner !

L’obstétricien passe à ce moment là. Il me voit debout. Fronce les sourcils et me demande si ça va. Je lui réponds « Oui ça va !  » Il me dit: « Vous êtes sûre que ça va??  » « Oui, oui, ça va ! »

Il m’annonce que je ne repasserai pas par une opération ! L’hématome semble se résorber tout seul ! Je suis contente, enfin une bonne nouvelle ! Cette nuit, j’ai fait ma montée de lait et mes douleurs physiques ont considérablement augmenté! J’avais besoin d’une bonne nouvelle !
Ce matin là, mon ventre est tout bleu, seconde preuve que l’hématome est bien là ! Au fil des jours, mon ventre est devenu de plus en plus bleu mais les analyses étaient rassurantes.

En tout, je suis restée neuf jours à la maternité. Les filles étaient sous surveillance, mais finalement moi aussi . J’ai vraiment souvenir de m’être sentie impuissante face à toutes ces douleurs et de m’être dit :

« Plus jamais ! « 

Cinq semaines après la naissance, je confirme: Plus jamais ! Mon corps a vraiment trop souffert et  va avoir du mal à s’en remettre au vu de mon quotidien.
J’ai toujours beaucoup de douleurs et mon hématome ne s’est pas encore résorbé. Mon ventre est donc encore bleu.
Et pour couronner le tout, ma cicatrice s’est infectée ce week-end, je ne sais pas encore ce que ça va donner dans les jours à venir…