8- Peggy, maman de triplées de 5 ans.

Aujourd’hui, je vous présente Peggy ! Elle a 42 ans et est maman de 4 enfants :
Lysandre, 10 ans
Cyrielle, Sélène et Lucile, 5 ans nées à 34 sa + 3 jours.
39964232_10217614740060765_1170177613755318272_n

J’ai rencontré Peggy pendant son séjour au CHU. Nous ne nous sommes jamais revues mais je garde un souvenir d’une maman très positive pendant sa grossesse.

J’ai beaucoup aimé son témoignage car il est riche en zen et positive attitude, cocktail indispensable quand on attend et qu’on devient parents de 3 enfants en même temps !

♦♦

1) Comment as-tu découvert ta grossesse multiple?

Eh bien… Je suis un boulet de compétition ! J’ai bidouillé ma pilule en mai 2012 pour être tranquille (j’avais organisé une grosse fiesta pour les 60 ans de mon père, sa retraite et la crémaillère des mes parents). Résultat, test positif 3 semaines plus tard… C’était un œuf clair, qui s’est terminé par un curetage en juillet.
J’attendais mon retour de couches pour reprendre la pilule (ce n’est pas le premier jour des règles qu’on commence la pilule ???). Fin août, je me pose des questions, mais on vient d’emménager après avoir traversé la France, j’ai donc d’autres préoccupations. Mi-septembre, ne voyant rien venir, je fouille sur internet et je tombe évidemment sur des articles qui parle de curetage raté, de synéchies… Bref, je me dis qu’avec mon chance habituelle, tout n’a pas dû se passer correctement. J’en fais part à mes copines (sur internet). Ça les fait bien rire, surtout quand l’une d’elle me dit « tu sais moi mon retour de couche, il s’appelle Marius »…  Ahhhh ! Je garde ça en tête 2 jours et j’en parle à cher et tendre, qui se marre bien lui aussi. Hormis ces règles qui n’arrivent pas, je n’ai pas vraiment de symptômes, si ce n’est un essoufflement important et inhabituel (à l’époque je courrais 10km en 1h sans problème). Rendez-vous est pris le vendredi à la polyclinique pour une écho le mercredi suivant… Bizarrement, alors que je ne me savais pas encore enceinte, j’ai vomi pour la seule et unique fois de ma grossesse le lundi précédent cette écho…
Boris et Lysandre (mercredi oblige) m’ont accompagnée. Je suis allée seule dans la petite salle pour l’écho. Et là le gynéco me sort « ah mais c’est pas possible, statistiquement, c’est pas possible, vous êtes la 4ème grossesse gémellaire de la semaine ». Du coup, j’appelle le futur papa qui regarde le moniteur et se pince la lèvre genre oups j’ai fait une grosse bêtise. Il faut dire qu’il disait depuis longtemps (avant de me connaître) qu’il aimerait avoir des jumelles. Ce à quoi je répondais que un par un c’était sympa aussi…
J’étais enceinte d’un bon mois. Comme Lysandre était avec nous, nous lui avons expliqué, même si c’était tôt, que j’avais 2 bébés dans le ventre. Ce à quoi il nous a dit que non, il y en avait 3 ! Et il le répétait à qui voulait l’entendre.
Un mois plus tard, seconde écho. Là, l’échographiste passe la sonde sur mon ventre et la retire aussitôt. J’avais eu le temps de voir  sur l’écran un cercle apparaître, disparaître, puis un autre apparaître, disparaître et enfin un troisième… L’échographiste nous a révélé de suite qu’il y avait non pas 2 mais 3 bébés. Elle a été bien soulagée de notre réaction puisque nous avons ri. L’annonce de multiples est souvent mal vécue a priori.
Le soir même, ma grand-mère m’a téléphoné pour savoir si Lysandre avait raison. Ce à quoi j’ai répondu « oui mamie ».

2) Comment s’est déroulé ton suivi de grossesse?

Forcément, j’ai été très suivie. Enfin presque… Ils m’ont un peu oublié à la polyclinique. Oublié de fixer des dates de rendez-vous avec le médecin. Finalement, je n’aurais eu qu’un rendez-vous et c’était pour parler de réduction embryonnaire. Sans qu’on ne nous donne aucun détail sur la procédure, on ne nous a parlé que des risques, en nous faisant peur, en nous disant que d’élever 3 bébés c’était une chose mais 3 bébés handicapés en était une autre. En nous renseignant sur la réduction en rentrant chez nous, il était clair que nous ne pourrions pas le faire. La nature les avait mis là, la nature allait décider de la suite.
De toute façon, exit la polyclinique qui se trouvait à moins de 10 min de chez nous. Il nous fallait une catégorie 3, donc le CHU. Le premier rendez-vous avec l’échographiste a été rock’n roll. A peine sur le pas de la porte, elle m’a regardée et dit « ah c’est vous la grossesse triple. Il paraît que vous avez refusé la réduction. Il y a vraiment des parents inconscients ». Euh… bonjour à vous aussi.
Lors de l’écho, elle m’annonce que, contrairement au diagnostic de la polyclinique, je n’ai pas 3 poches, 3 placentas mais 3 poches, 2 placentas. Sachant ce que cela signifiait (une de mes amies a perdu une de ses jumelles à 1 mois de vie à cause du syndrome transfuseur-transfusé), j’ai fait mon premier malaise vagal ! Ce qui m’a valu une remarque sèche « vous en faites souvent ? Parce que c’est que le début là »… Euh non c’est le premier. Avec la chaleur de l’appareil, j’en ai fait un quasi à chaque échographie (j’apportais un petit jus de fruits, malgré un petit diabète).
A l’écho de janvier, on m’a dit d’emmener ma valise à celle de février. Mon col rétrécissait à chaque écho. Et bingo, j’ai été hospitalisée le 7 février 2013. On m’a installée dans une grande chambre, vue sur Loire.
Le plus compliqué était de devoir subir les monitoring. Cyrielle était très facile à trouver et jusqu’à la fin, elle nous faisait des courbes parfaites. Lucile pareil, mais plus difficile à capter les derniers jours. Mais alors Sélène… Une galère sans nom. La plus petite, haut perchée. Les sages-femmes devaient parfois sortir l’échographe portatif pour la trouver. Et même quand on entendait son cœur, ça ne tenait jamais très longtemps. Toutes ses courbes étaient en pointillées. Les monito devenaient interminables (plus d’une heure, deux heures même pour l’un d’eux). La position me faisait contracter par les reins. Je résistais tant bien que mal, jusqu’à ce que la douleur et les larmes me fassent changer de position (je savais que ce changement allait faire durer le monito plus longtemps)…  Les contractions ont par 3 fois causé une ralentissement cardiaque important pour Sélène (de 160 battements à 46, ce chiffre est gravé dans ma mémoire ainsi que le son qui s’estompe…), créant un branle-bas de combat dans le service pour me monter en urgences au bloc pour une césa. Heureusement, une fois en haut, le monito de contrôle a montré chaque fois que son cœur battait à nouveau au bon rythme.
Je n’ai pas mal vécu ce suivi très médicalisé. Ma grand-mère maternelle avait accouché de 3 garçons après avoir eu ma mère dans les années 50. Sans suivi, ni écho, sans savoir qu’elle en avait 3 à faire naître… Ils sont nés trop tôt. Ils n’ont pas ou quasi pas vécu.

3) Raconte-nous la naissance de tes enfants.

C’était le week-end de Pâques, le lundi. Mes parents sont venus avec mon fils. Lui, qui n’avait rien dit jusque là, m’a dit d’une petite voix « j’aimerais qu’elles sortent ». Il faut dire que ce n’était pas drôle pour lui. J’étais hospitalisée, Boris commençait un nouveaux boulot. Du coup mes parents s’en occupait beaucoup mais ils habitaient à 45 min de chez nous, de l’école. Il en a fait de la route à l’époque. Il était prévu qu’il dorme chez mes parents ce lundi et Boris avec moi dans la chambre. Mais vu sa petite mine Boris m’a dit qu’il avait besoin de dormir dans son lit, chez nous. Ce qu’ils ont fait.
On s’est téléphoné le soir. Après avoir raccroché vers 22h, je me suis levée pour aller aux toilettes. Et là, dans la salle de bain, j’ai perdu les eaux (et pas qu’un peu). J’ai rappelé mon homme pour lui dire de venir. Ensuite j’ai sonné la sage femme.
On m’a monté dans la joie et la bonne humeur à l’étage pour la césarienne. Il n’a jamais été question de voies basses. Ça ne m’a jamais posé problème. L’essentiel était la santé des filles. Sélène n’aurait de tout façon jamais supporté les contractions d’un travail de plusieurs heures, elle qui sortait la dernière.
L’accouchement s’est très bien passé. Tout le monde était détendu, moi y compris. Les filles ont pleuré tout de suite. La gynéco m’a  dit que j’avais 2  blondes  et  une  brune (en fait 2 rouquines). On me les a présentées pour un p’tit bisou à chacune et hop direction l’équipe de soins accompagnées du papa.
Cyrielle est née à 1h13 elle pesait 1,920 kg
Lucile est née à 1h14 elle pesait 1,950 kg
Sélène est née à 1h15 elle pesait 1,440 kg
15120_10201052217768059_1609882383_n

4) Peux-tu nous décrire ton séjour à la maternité?

Je suis restée 8,5 semaines à l’hôpital ! Je l’ai bien vécu parce que finalement ma présence était logique et j’allais bien, les filles aussi. Mais elles risquaient de sortir beaucoup trop tôt (ils ne donnaient pas cher de ma peau quand je suis arrivée). J’ai tenu bien plus longtemps que prévu.
Tout le monde a pris soin de moi. Les sages femmes (à part une) étaient vraiment super. Les aides soignantes adorables. Et j’ai bien mangé ! Même avec un régime pour diabétique. Ce n’était pas du 3 étoiles, mais c’était tout à fait convenable.
Le plus dur a été après la naissance. Les filles n’étaient pas dans le même service. Sélène était séparée de ses sœurs, qui étaient en soins intensifs. C’était un déchirement d’être avec Cyrielle et Lucile et de la laisser seule en réa. Et jongler entre les 2 services c’était juste horrible.
Le service des soins intensifs a bataillé pour qu’elle rejoigne ses sœurs (il n’y avait plus assez de bébés en réa, du coup, ils ne voulaient pas qu’elle parte, bref sans commentaires…).
Ensuite, Cyrielle et Lucile ont eu l’autorisation de sortir le dimanche. Sélène devait attendre un peu. Le jeudi avant la sortie de ses sœurs, elle n’a pas fermé l’œil de la journée. Elle ne semblait pas en forme, avec un petit rhume. Les médecins lui ont fait une prise de sang et une radio pulmonaire (ils avaient peur qu’elle ne fasse une bronchiolite). En fait, elle était très anémiée. Elle a dû être transfusée le lendemain… Elle est finalement sortie le vendredi suivant, faisant un peu moins de 2 kg.
La laisser seule à l’hôpital a été moralement très compliqué. Les avoir enfin toutes les trois à la maison a été un tel soulagement.

5) As-tu allaité ou as-tu donné le biberon?

J’ai allaité un peu, tire-allaité beaucoup. Pendant 2,5 mois. Le problème était le manque de temps pour tirer mon lait. Il m’arrivait souvent de ne le faire que le matin et le soir. Suffisant pour les quantités mais physiquement désagréable.

6) Peux-tu nous dire quelques mots sur les premiers mois avec les bébés?

Nous nous attendions à ce que ce soit très difficile mais ça ne l’a pas été autant que ce que nous pensions. Il est vrai que nous étions très occupés. Trois bébés, c’est beaucoup de biberons à laver, de couches à changer, de câlins à donner. Et le grand frère avait aussi besoin de nous, même s’il est absolument exceptionnel. Très patient et aux petits soins pour ses petites sœurs. Un soir, il m’a même proposé de ne pas lui lire d’histoire si les filles avaient trop besoin de moi. Évidemment, il a eu son histoire tous les soirs. C’était notre moment.
les fillesinvasion375106_10201170454603906_1863845510_n
On n’a pas voulu les caler ensemble pour les biberons. On a préféré respecter leurs rythmes. Les nuits étaient courtes mais nous avions tous les 2 un bouton on/off. On donnait un biberon et on se rendormait avant le prochain. Quand Boris a repris le travail, je lui ai interdit de faire les biberons la nuit. Il avait été embauché 3 jours avant mon hospitalisation, je voulais qu’il soit bien en forme. Il faisaient les biberons jusqu’à 23h et ceux qui commençaient à 6h. C’était déjà énorme pour mon sommeil (surtout ceux du matin). Les filles étaient plutôt calmes, pas de grosses hurleuses. La nuit, je me réveillais dès que l’une bougeait, elles n’ont jamais eu le temps de pleurer pour réclamer leur dû.
Finalement en avoir 3 était très naturel pour nous, c’est le regard des autres quand on partait en balade qui nous faisait comprendre que ça ne l’était peut être pas tant que ça. Nous pourrions sûrement tous/toutes écrire un livre sur les réflexions qu’on a reçues d’inconnus… La pire pour ma part est venue d’une dame d’un certain âge qui m’a dit en regardant les filles : « elles lui ont tout pris à l’autre », en parlant de Cyrielle qui n’a pas la chevelure rousse ni les yeux bleus de ses sœurs…

7) As-tu repris le travail à la fin de ton congé maternité?

Oui… En octobre, à temps partiel (j’ai toujours mes mercredis d’ailleurs), elles avaient donc 6 mois. Le congé parental est indemnisé de la même manière pour un ou trois enfants. Alors certes, on touchait 3 « paje » mais vu les investissements nécessaires (poussettes, cosys, lits, voiture, nouvelle maison…) et le budget couche/lait, nous aurions un peu souffert financièrement ou alors nous nous serions privé de beaucoup de choses, choisi une maison plus petite, limité les sorties (et pénalisé le grand frère par la même occasion)… Et puis, fréquenter des adultes, c’était pas mal aussi.

8) Tes multiples sont-ils ensemble ou séparés à l’école? Ce choix est-il le vôtre, celui des enfants ou a t-il été fait par le personnel enseignant?

Si tes enfants ne sont pas encore scolarisés, as-tu déjà des souhaits?

Elles étaient ensemble en PS. Je trouvais ça plus cool pour les débuts. Une entrée à l’école les unes sans les autres me paraissait inconcevable et un peu cruel. Elles faisaient sans problème les activités séparément, chacune dans un groupe différent mais avaient tendance à retourner ensemble à la fin. Cyrielle est plus sociable. Lucile et Sélène s’auto-suffisaient (seule, même pas en duo). Encore maintenant, Cyrielle a toujours plus de copines. En MS, nous les avons séparées. Nous le voulions sans savoir si on le ferait en MS ou GS (en tout cas, avant le CP). Leur maîtresse les pensait prêtes. La rentrée s’est passé sans aucun problème (finalement, j’étais la plus stressée, la seule à stresser pour dire vrai). Elles ont apprécié d’avoir chacune leur maîtresse, leurs copains. Nous avons la chance d’avoir 3 niveaux par classe en maternelle et en primaire. Elles sont proches, jouent beaucoup ensemble (des heures de calmes grâce aux légo, playmo, petshop et autres polly pocket…) mais elles ne souffrent pas d’être séparées. Elles ne sont pas invitées aux mêmes anniversaires. Heureuses de vivre leurs expériences et de se retrouver pour se les raconter.
Elles ont fait leur rentrée en GS, à nouveau séparées. Et tout se passe très bien.

9) Comment se passe la gestion de ton quotidien depuis que tu as des multiples?

L’impression de toujours courir. D’un manque de temps horrible. Jongler entre le boulot, les enfants, l’école, les activités sportives… Et la gestion du linge qui est vraiment chronophage !!! Mais, les filles ont 5 ans et ça chance beaucoup de choses. Elles deviennent de plus en plus autonomes. Les quatre sont faciles à vivre. Pas de caprices, de rebellions, ils coopèrent très facilement. Ils aiment aider, faire plaisir, faire des bisous et des câlins (nous ne sommes pas en manque de ce côté là). Il y a bien quelques chamailleries mais dans l’ensemble, ils s’entendent tous très bien. Ils jouent parfois tous ensemble, parfois en duo, le plus souvent dans le calme. J’avoue passer des heures à les regarder jouer et se raconter des histoires. C’est souvent très drôle.

10) Qu’est ce que t’a apporté le fait de devenir maman de multiples?

Je me sens plus maman de 4 enfants (donc famille nombreuse) que maman de multiples. C’est difficile à expliquer.
17155487_10212713963104404_2204923060280548070_n
Nous n’avons pas trop fait cas de l’arrivée massive de bébés dans notre foyer, de cette gémellité. Nous avons bien pris l’annonce, leur arrivée, le changement de rythme. Finalement, tout s’est fait de façon très naturelle. J’ai l’impression parfois de passer pour une extra terrestre aux yeux de mes collègues, copines… Mais je pense que, dans le fond, c’est plus facile à vivre qu’à imaginer.

11) Avec le recul que tu as, quelle est la chose la plus difficile selon toi?

Contrairement à ce que les gens pensent et me disent, le plus dur n’était pas les débuts. Nous étions préparés au pire alors finalement nous avons trouvé ça tout çà fait gérable. C’était plus difficile entre les 2 et 3 ans.
Nous étions épuisés !!! La fatigue nous bouffait. Le manque de sommeil, une accumulation de petites nuits à la limite du supportable. Et ce n’était pas même pas dû au nombre d’enfants. Sur les 4, seule Cyrielle a eu des problèmes de sommeil. Petite, elle dormait peu (même bébé, c’était impressionnant, 10 min de sommeil dans la voiture et Mademoiselle avait fait sa sieste de l’après-midi) et se réveillait toutes les nuits, plusieurs fois par nuit. Elle faisait beaucoup de cauchemars, nous nous levions plus de 10 fois certaines nuits. Elle dort bien depuis ses 4 ans environ… Les autres ne sont pas de grosses dormeuses non plus et sont matinales (depuis cet été, elles nous gratifient d’un levé à 7h30-8h, l’année dernière c’était plutôt 6h30-7h) mais elles ne se réveillent jamais en pleine nuit en pleurant. Elles nous ont fait/font quelques réveils en plein milieu de la nuit mais elles ne pleurent pas et ça, pour nos nerfs, ça change tout.
Et puis, les maladies x 3 voire x 4… En mai et juin 2017, ils ont fait fort ! Une vendredi soir, l’atsem nous a dit que les 3 poupettes avaient la varicelle. 15 jours après, le grand frère l’a déclarée. Ils avaient encore des boutons quand Cyrielle et Sélène ont eu une violente gastro qui leur a valu une nuit sous perf à l’hôpital le lundi de pentecôte. Lucile l’a eue le mercredi… Tout ce qui entrait, sortait, l’horreur. A peine remise, Lucile a eu une angine avec scarlatine… Fatigue, vous avez dit fatigue…
Pour le reste, nos enfants sont plutôt faciles à vivre, ils nous suivent partout. Les filles n’ont jamais pleuré dans leur poussette, même nourrissons. Les courses se faisaient dans le calme, l’attente chez les médecins aussi (d’ailleurs, elles adorent y aller et se faire ausculter). J’avais même inscrit le grand à la piscine quand il avait 5 ans et elles 6 mois. J’assistais au cours avec une en portage et 2 en cosy (après avoir gravi 2 gros escaliers et traversé la piscine pour m’asseoir dans les gradins). Elles ont passé des après-midis aux compétitions de judo (j’avoue que j’étais fière d’elles, elles étaient très patientes). Bref, tout à rouler, à part le sommeil… Les autres difficultés n’étaient pas importantes au fond mais juste amplifiées par le nombre d’enfants et la fatigue.
cloître de cadouin 08.2018

♦♦

Peggy, je te remercie beaucoup pour ton joli témoignage dans lequel je me retrouve beaucoup et qui, je l’espère, inspirera d’autres mamans !
Publicités

1- Athéna, maman de triplés de 8 ans !

Je vous présente aujourd’hui ma nouvelle rubrique dans laquelle des mamans acceptent de raconter leur expérience de la maternité multiple.

Tout au long de ma grossesse triple, je me suis nourrie de témoignages de différentes mamans et de leurs parcours tous plus riches les uns que les autres. J’avais besoin de comprendre ce qui allait m’arriver, besoin de me rassurer aussi.

Je me rends compte aujourd’hui que j’aime toujours autant lire des témoignages de mamans de multiples et partager mon expérience, c’est pour cette raison qu’une fois par semaine, je publierai des écrits de mamans de jumeaux, triplés ou même plus, qui sait?

J’ai donc joué le jeu et répondu à mes propres questions. J’ai prévu d’écrire deux articles différents. Le premier qui concerne l’arrivée d’Opale, Balthazar et Adémar et le second, pour l’arrivée de Marthe et Édith.

Je démarre donc cette rubrique en partageant avec vous l’histoire de ma triple team !

La découverte de ma grossesse multiple:

Pour être totalement transparente, ma grossesse n’était pas planifiée. Elle a démarré quand Zéphir avait 5 mois, je me mariais deux mois plus tard et passais mon diplôme dans la foulée.

Les deux premiers mois ont été très difficiles. J’ai été arrêtée à trois semaines de grossesse tellement j’étais malade et à bout de force.
Le 20 mai 2009, je passais ma première échographie. Je n’y allais pas très sereine. J’étais tellement malade que j’avais le sentiment d’attendre des jumeaux. J’étais excitée (d’imaginer accueillir deux bébés ) mais à la fois un peu inquiète.

J’avais pris rendez-vous directement à la maternité dans laquelle je m’étais inscrite pour accoucher. Vous savez, le genre de maternité de niveau 2 où on peut accoucher le plus naturellement possible.

La gynécologue qui nous a reçus démarrait juste sa carrière. Elle était jeune et pleine d’entrain.

Je me souviendrai toute ma vie du moment où elle a posé la sonde sur mon ventre et où dans la seconde qui a suivi, j’ai aperçu deux poches ! C’était très clair. Je lui ai dit :

« Oh !!! Il y a deux poches ! »

Elle m’a répondu :

« Non !!! Il y en a trois ! » et elle a retiré la sonde pour respirer.

021. 1ère écho.jpg

20 mai 2009

Je me souviens avoir pleuré. Je ne comprenais pas trop ce qui m’arrivait. Et dans les deux minutes après qu’elle nous ait annoncé la nouvelle j’ai commencé à être inquiète. Je ne m’inquiétais pas de l’avenir ni de l’organisation mais d’une potentielle anomalie sur l’un des foetus.

L’échographie a duré une heure trente. Elle a mesuré et remesuré les clartés nucales et les longueurs crânio-caudales. Elle voulait être certaine de ne pas se tromper de foetus.

Après l’écho, elle nous a expliqué qu’il ne fallait pas que l’on s’inquiète car la réduction embryonnaire était tout à fait possible dans le cas de triplés et que l’obstétricienne vers laquelle elle nous envoyait était très compétente et nous expliquerait bien le déroulé du geste.

Je suis ressortie du rendez-vous choquée, inquiète mais aussi et contre toute attente hyper fière de ce que mon corps avait réussi à créer.

Sur le chemin du retour, j’ai reçu un appel du CHU. Ils me donnaient rendez-vous une semaine plus tard pour une échographie dite de chorionicité avec LA spécialiste des grossesses à haut risque du grand ouest.

Après l’annonce à nos familles et amis, j’ai pris le temps de réfléchir à cette nouvelle vie qui nous attendait. Seule. Dans ma bulle sans écouter les conseils divers et variés de nos proches. Conseils souvent dépourvus de sens tant l’inconnu était palpable pour toutes les personnes qui nous entouraient. Je me demandais ce que la spécialiste allait nous dire. Et je ne comprenais pas pourquoi elle nous avait parlé de réduction embryonnaire.

La semaine suivante, nous nous sommes rendus dans ce service de grossesses à haut risque. Je me souviens m’être sentie parachutée dans un monde que je ne connaissais pas. Mon sentiment était hyper ambivalent.

Dans la salle d’attente, j’ai discuté avec des femmes enceintes. Certaines avaient des fœtus qui présentaient de grosses malformations. Leur suivi était intense et des opérations étaient prévues à la naissance. J’avais presque l’impression d’être chanceuse et en même temps je ne comprenais pas trop ce que je faisais là:

« Mes bébés vont bien, moi aussi, aucune raison d’être ici ! »

La spécialiste nous a reçus dans une salle d’écho, entourée de tout un bataillon d’internes et d’étudiants, …

Elle ne nous a pas adressé la parole. Elle a commencé son écho, je me sentais comme un objet utilisé pour l’apprentissage de tous ces soignants en formation. Je me souviens avoir presque fait un malaise sur la table mais elle était tellement concentrée et froide que je n’osais même pas lui dire que ça n’allait pas.

A la fin de l’examen elle nous a dit:

 » Bon c’est parfait. C’est une grossesse triple, trichoriale, triamniotique , la meilleure configuration possible pour la réduction embryonnaire. »

A ce moment là je me suis sentie agressée.

Agressée de mots que je ne connaissais pas, que je ne comprenais pas. J’ai donc essayé d’en savoir plus. Et c’est à ce moment là qu’elle nous a enfin expliqué qu’il y avait trois placentas ( trichoriale ) et trois poches ( triamniotique ).

C’est la configuration la moins risquée des grossesses multiples. Chaque fœtus est indépendant.

Elle nous a expliqué pourquoi nous n’avions pas d’autres choix que d’avoir recourt à la réduction embryonnaire : risques de prématurité, risques de mortalité in utéro, risques de mortalité maternelle, ….

Tant de jolies choses à penser !

Après lui avoir expliqué notre refus elle nous a dit:

« Bon c’est vous qui décidez. Votre terme est le 10 décembre mais ce sera déjà bien si vous atteignez début octobre. »

Le suivi de ma grossesse triple:

Le suivi de grossesse pour des multiples est déterminé après ce fameux diagnostic de chorionicité. Une grossesse gémellaire bichoriale biamniotique sera moins suivie qu’une grossesse monochoriale biamniotique par exemple.

Mes rendez-vous ont été posés jusqu’à la date prévue d’accouchement. Je devais venir toutes les trois semaines pour une échographie et le suivi gynéco. Elle a fait en sorte de rassembler mes rendez-vous afin que j’aie le moins de route possible à faire.

J’ai dû m’aliter très tôt afin d’éviter de solliciter le col et à partir de 26 semaines, une sage-femme venait faire des échos à domicile.

IMGP0253.JPG

Juin 2009. 3 mois de grossesse

En septembre, les choses se sont corsées. Mon col était très raccourci, elle a donc décidé de m’hospitaliser. On était le 14 septembre ! Comme je suis née le 15, elle m’a laissé rentrer pour préparer mes affaires et passer la soirée en famille.

Je me souviens avoir peu dormi. J’étais tellement triste de devoir quitter Zéphir et en même temps tellement inquiète de potentiellement accoucher trop tôt. J’étais à 29 SA et même si je savais qu’au CHU ils prenaient en charge les bébés nés à partir de 25 SA, je n’arrivais pas à me rassurer sur le bon déroulé de la suite des événements.

Les trois semaines qui ont suivi ont été rythmées par de nombreuses échos, de nombreux examens, un repos forcé, et les allers retours du personnel soignant et de sa brigade d’étudiants !

J’avais fait une cure de corticoïdes pour le développement des poumons des bébés et j’étais continuellement sous traitement contre les contractions.

J’ai souvenir que j’étais douloureuse en permanence.

IMGP0615.JPG

29 septembre 2009. 6 mois et demi de grossesse.

Durant mon séjour j’ai fait la rencontre d’une sage-femme super qui m’a beaucoup aidée à relativiser. Je savais que je pouvais lui poser des questions moins médicales afin de me rassurer sur tous les aspects de maternage qui m’intéressaient à l’époque: allaitement de multiples, organisation des multiples dans les différents services accueillant les prématurés, accouchement triple, relation parents/bébés prématurés…

Je crois que ça m’a permis de gagner en sérénité et de rester optimiste.

J’ai beaucoup insisté auprès de ma spécialiste pour accoucher par voie basse. Au CHU de Nantes, ça ne se fait pas. Le chef de service pense qu’il vaut mieux faire une césarienne afin d’éviter les complications. ( diverses et variées…)

Mais comme j’avais décidé que je ne voulais pas de césarienne et que j’étais probablement très insistante, elle m’a fait une écho pour déterminer la position des bébés. Balthazar était en présentation transverse, ce qui signifie qu’il avait le dos contre mon col. Donc aucune autre issue que la césarienne. Mais elle m’a quand même dit qu’ils avaient encore de la place pour bouger et que tout se jouerait à la dernière minute…

Tous les espoirs étaient donc permis !

La naissance d’Opale, Balthazar et Adémar

Mes trois loulous sont nés le 9 octobre 2009 à 32 SA (7 mois de grossesse). Ce jour là, ma mère était venue déjeuner avec moi. Et, détail qui a toute son importance dans la suite de l’histoire : elle avait apporté un plat de boudin aux pommes.

Je n’étais pas affamée, plutôt écœurée. Elle m’a dit:

« Quand même Athéna! Il faut que tu manges! Quand on attend trois bébés il faut prendre des forces!  » ( Mais bon les trois bébés pèsent aussi sérieusement sur l’estomac! )

Vers 14h, je lui dis:

« Je crois que je ne me sens pas bien. Y’a un truc. Je me sens bizarre et je crois que j’ai des contractions »

J’ai donc sonné !

La sage- femme est venue m’examiner. je me souviendrais toujours de son visage inquiet lors de l’examen. Elle m’a dit :

« Bon. Vous patientez, je vais chercher un médecin. »

Très rassurant.

L’interne qui me suivait en duo avec ma spécialiste est arrivé en deux minutes. Il m’a examinée et m’a dit :

« Bon, vous êtes en travail, votre col est dilaté à 5, on vous emmène au bloc, vos bébés vont naitre ! »

IMGP0666.JPG

2h avant leur naissance

Je me suis mise à pleurer ! Mais non, c’est pas possible, leur papa n’est pas là, il a plus de 35 minutes de route pour me rejoindre, et c’est trop tôt pour qu’ils naissent! »

Finalement il a eu le temps d’arriver avec Zéphir pendant qu’ils me préparaient pour l’intervention.

J’ai câliné mon fils, lui ai dit que je l’aimais et que tout allait bien se passer. Je l’ai regardé partir par la fenêtre avec ma maman qui avait attendu son arrivée.

L’accouchement par voie basse n’a pas été discuté, ma spécialiste n’était pas là pour s’en charger et il n’a même pas été question de faire une écho pour voir si Balthazar avait bougé.

Ils m’ont expliqué qu’ils allaient me faire une anesthésie générale. J’ai refusé ! J’avais peur de me réveiller et d’apprendre qu’un bébé n’allait pas bien ! Mais comme je faisais des malaises en restant plus de cinq secondes allongée sur le dos, ils ont dû incliner la table sur le côté donc forcément c’était moins confortable pour eux.

Il y avait dans le bloc, un nombre incalculable de soignants. Ils me parlaient tous à tour de rôle et m’expliquaient leurs missions afin de ne pas trop m’inquiéter.

J’étais un peu shootée, fatiguée, et carrément inquiète.

La personne dont je me souviens bien, c’est cet infirmier qui est resté collé à moi, la main sur mon épaule en me détaillant chaque geste de la césarienne. Je me suis sentie vraiment bien accompagnée malgré l’absence au bloc du papa. ( Il n’était pas toléré au bloc et a dû attendre l’arrivée des bébés avec les pédiatres.)

Balthazar est né à 17h29. Ils me l’ont posé contre la joue pour que je lui fasse un bisou et l’ont emmené très rapidement. Il pleurait. Ouf ! Mais il semblait si petit…

Adémar est né à 17h30. Même scénario.

Opale est née à 17h31. Elle avait du mal à pleurer. Ils l’ont emmenée en courant.

A ce moment là, je me suis sentie extrêmement seule. Je venais de donner naissance à trois bébés qu’on avait emmenés loin de moi.

J’ai vomi et revomi (le boudin aux pommes de ma mère !!!)

Leur papa m’a rejoint en salle de réveil. Il m’a montré des photos sauf que non seulement j’étais shootée mais en plus il ne savait plus qui était qui  !

Il m’a expliqué qu’ils avaient été emmenés en soins intensifs et qu’ils étaient tous les trois très vaillants à la naissance.

Mon séjour à la maternité:

Je n’ai pu les voir que 24h plus tard. Adémar était dans un « box » à part car dans ce service il n’y a que deux places par box. Mais trois jours plus tard ils ont réussi à l’installer avec Opale et Balthazar.

Les soignants m’ont emmenée en fauteuil roulant. Ils m’ont placée devant Adémar et m’ont dit.

« Voilà ! C’est Adémar ! « 

Je leur ai répondu qu’ils devaient se tromper. Car ce bébé était beaucoup trop petit pour être le mien.

Finalement, c’était bien mon tout petit bébé. Opale et Balthazar n’étaient pas plus gros. J’ai souvenir d’avoir pleuré devant les couveuses en me disant:

 » Mince, qu’ai-je donc fait? Pourquoi est-ce que ça nous arrive à nous? J’ai tout donné pendant cette grossesse mais ils sont quand même tout petits et hyper médicalisés. »

Il y avait des machines partout. Ils étaient branchés, et Opale et Adémar avaient des aides pour respirer. L’ambiance était à la fois sereine et hyper stressante.

IMGP0787.JPG

IMGP0758.JPG

Premier peau à peau. 3 jours après leur naissance.

Je suis restée 5 jours à la maternité. Ces 5 jours ont été les plus inquiétants de toute ma vie. Adémar faisait beaucoup de pauses respiratoires. A chaque visite, j’avais l’impression que les médecins allaient m’annoncer le pire. J’avais peur des séquelles, des handicaps, de la mort même. Je les voyais avec des perfusions partout, des pansements, des petits bobos. Je les sentais remplis de coliques malgré leurs 8 ml de lait toutes les 3h. J’étais impuissante et clairement, je me suis oubliée pour tenter de les aider au mieux.

IMGP0830

10 jours de vie

Quand je suis rentrée chez moi, j’ai pleuré pendant plusieurs heures. J’ai eu l’impression de les abandonner. Je me sentais dépossédée de ma maternité. J’avais accouché. J’étais douloureuse mais je n’avais pas de bébés avec moi. La seule chose qui me liait à eux était le tire-lait que je devais utiliser toutes les deux à trois heures pour réussir à les nourrir exclusivement !

Nous leur avons rendus visite de 13h à 18h tous les jours sans exception jusqu’à leur sortie cinq semaines plus tard pour Balthazar, 6 semaines plus tard pour Opale et Adémar après avoir passé trois semaines en soins intensifs puis 3 semaines en néonatalogie.

IMGP0895.JPG

IMGP1109.JPG

IMGP1067.JPG

IMGP0983.JPG

IMGP0891.JPG

Oui, Balthazar est sorti plus tôt car il était prêt. Mais nous avons beaucoup regretté ce choix. A la maison, il pleurait, il pleurait, il pleurait ! Mais quand on rejoignait Opale et Adémar, il était calme et serein…

Je pourrais écrire des pages entières sur ce que nous avons vécu durant leurs six premières semaines de vie, sur la relation que nous avions avec le personnel soignant, sur les désaccords que j’avais sur leur façon de faire avec les enfants et les parents et sur la difficulté que j’ai eue à me faire une place en tant que mère de mes enfants avec des envies et des inquiétudes.

Dans tous les cas, quand on attend des multiples on se prépare à la prématurité mais finalement tant qu’on ne l’a pas vécue on est incapable de mesurer l’impact considérable sur notre vie actuelle et future.

Allaitement ou biberon?

J’ai choisi d’allaiter mes bébés. Ça me tenait à cœur depuis que l’allaitement de Zéphir avait complètement raté. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre mais j’ai tout donné pour réussir à atteindre mon but.
24h après la naissance j’ai commencé à tirer mon lait toutes les deux heures ! Les soignants me disaient que je devais me reposer mais j’avais peur de ne pas faire de montée de lait étant donné que je n’avais pas de bébés avec moi.
Les deux premières semaines, ils étaient alimentés par sonde gastrique. Trop faibles pour téter, ils ne pouvaient pas être mis au sein.

L’apprentissage de la tétée a pris du temps. Surtout pour Opale qui avait encore du mal à prendre ses rations 5 semaines après sa naissance. Mais après avoir fait des séances de kiné, elle a commencé à bien téter.

IMGP1112.JPG

IMGP0004.JPG
C’est assez stressant l’allaitement de prématurés. Ils nous demandaient de les peser avant et après la tétée pour être certains de leurs prises.
J’ai continué à les allaiter exclusivement jusqu’à leurs trois mois.

IMGP0071.JPG

Ensuite, trop fatiguées, nous avons introduit des biberons. Le sevrage s’est fait naturellement à 6 mois.

Quelques mots sur les premiers mois avec mes multiples:

J’ai souvenir d’être dans un état de fatigue permanent. Les nuits étaient difficiles. Les journées aussi d’ailleurs. On ne vivait que pour faire grandir ces bébés et ça a duré pendant un an.

IMGP0032.JPG

Finalement je ne me souviens pas de grand chose. Comme si mon cerveau avait voulu occulter tous ces moments.

IMGP0102.JPG

IMGP0260.JPG

IMGP0186.JPG

DSC02164.JPG

A côté de ça, je vivais dans un sentiment de culpabilité permanent vis à vis de Zéphir qui était si petit. J’avais peu de temps à lui accorder.

Mais j’étais tellement fière. Je me disais que mon corps avait fait quelque chose d’incroyable et qu’ils étaient chanceux d’être tous les quatre. Qu’ils auraient toujours ce lien, cette force qu’on ne pourrait pas comprendre. Je me rassurais en me disant que  la première année était difficile mais que plus tard, ça irait mieux! ( et effectivement c’est le cas !)

Reprise du travail ou congé parental?

J’ai repris le travail en août 2015 quand Zéphir avait 7 ans et Opale, Balthazar et Adémar, 6 ans! Je ne les ai pas mis en garde en collectivité avant l’entrée à l’école. D’ailleurs, les pédiatres du CHU m’avait expliqué qu’il valait mieux les garder à la maison les trois premières années afin qu’ils n’attrapent pas trop de virus. Ils étaient quand même assez fragiles.

Avec du recul, je ne regrette pas du tout de leur avoir consacré 100% de mon temps jusqu’à leur entrée en CP. Par contre j’ai souvenir de moments de doutes, de découragement, de lassitude, de fatigue mentale et physique, d’ennui. J’avais souvent l’impression d’être coupée du monde. Je n’avais pas vraiment de vie sociale.

La première année avec des multiples est épuisante à plusieurs niveaux mais finalement ce n’est pas celle que j’ai trouvée la plus difficile. Mais celle entre 3 et 4 ans en 2012/2013. (pour plusieurs raisons, mon divorce d’une part et la confrontation vers ces petites personnes qui ont une personnalité qui leur est propre avec laquelle il faut composer. )

Le travail que j’ai trouvé après ces nombreuses années à la maison m’a apporté beaucoup personnellement. J’ai repris confiance en moi et me suis sentie compétente dans un autre domaine que la maternité.

J’avais des horaires décalées. Gweltaz a adapté son emploi du temps pour assurer avec moi le quotidien.

Malgré tout, je trouvais que le rythmé imposé était difficile. On courait tous les deux pour bosser, s’occuper des enfants et retaper notre appartement.

Ensemble ou séparés à l’école ?

Je suis très sensible au sujet de l’école. Je crois qu’aucun des parents de multiples ne devrait se faire imposer à un choix d’enseignant et qu’aucun multiple ne devrait avoir à subir de décisions extérieures sur leur scolarité.
Je reste persuadée que les parents ( même s’ils ne peuvent pas se rendre compte de tout ) sont à même d’avoir le droit de choisir pour leurs enfants.
Opale, Balthazar et Adémar ont été dans la même classe en petite et moyenne sections. La directrice de l’école, elle-même jumelle, était très à l’écoute des parents.

Suite à notre emménagement avec Gweltaz, les enfants ont changé d’école. La directrice n’avait jamais eu de triplés durant sa carrière. Elle m’a expliqué qu’elle nous laissait le choix. Au vu des changements dans notre vie et de la certitude que j’avais qu’une séparation ne serait pas bénéfique pour eux, j’ai demandé à ce qu’ils soient ensemble.

Elle a acquiescé.

Le jour de la rentrée, j’ai vu leurs noms sur trois listes différentes. Elle avait créé trois doubles niveaux dans le but de les séparer. Comme je ne voulais pas montrer aux enfants mon inquiétude et ma colère, je leur ai expliqué devant les portes que cette année, ils n’allaient finalement pas être ensemble mais qu’ils se retrouveraient dans la cour et après la classe.

Je n’ai pas osé faire de scandale. On venait d’arriver, je n’avais pas hyper envie de me faire mal voir. J’ai tenté de prendre le positif. Gweltaz m’a aidée à accepter cette décision prise à mon insu.

Les enfants sont ressortis de leur première journée enchanté. L’année s’est très bien déroulée, ils étaient heureux de se retrouver le soir.

Ils ont donc enchainé le CP et le CE1 séparés.

De notre côté ça a été très difficile à gérer :

  • 4 leçons différentes chaque soir
  • 4 cahiers de liaison à signer
  • des jours de sport différents, donc  un casse-tête quotidien pour qu’ils partent bien en tenue de sport le bon jour (sans parler des cycles de piscine avec les sacs à préparer et à laver au retour)
  • différentes sorties scolaires avec parfois les pique-nique qui s’enchaînent sur plusieurs jours… Mais jamais en même temps
  • Des réunions parents/enseignant qui tombent  le même jour à la même heure
  • Et le pire (selon moi), les spectacles de fin d’année chacun dans sa classe à la même heure ! J’ai donc dû faire des choix : « bon donc Opale je viens voir ton spectacle mais Balthazar je ne viens pas voir le tien. Adémar je verrai si après celui d’Opale je peux courir dans ta classe pour voir la fin… »

Bref, une gestion de leur scolarité très compliquée pour nous.

Mais on les sentait bien dans leurs classes et dans leur vie, ce qui était plutôt rassurant !

En  CE2, nouveau  changement d’école. J’ai rencontré la directrice en juin 2017. Elle m’a dit que les parents avaient le choix. Je lui ai répondu que j’avais déjà entendu ce discours mais qu’au final mes choix n’avaient pas été respectés et que je préférais qu’elle me dise clairement les choses dès le départ plutôt que d’avoir des surprises le jour de la rentrée!

Elle m’a rassurée.  » Ici, on écoute les parents et les enfants ! »

On avait beaucoup discuté avec Opale, Balthazar et Adémar. On estimait qu’on ne devait plus décider à leur place. Il y avait deux classes de CE2 de prévues. Il fallait donc savoir si on les mettait tous les trois ou si on faisait 2+1 et dans ce cas déterminer l’enfant seul…

Finalement ils ont discuté entre eux. Adémar voulait être seul. Balthazar et Opale étaient ok pour être ensemble.

Et le jour de la rentrée, pas de mauvaise surprise !

Ils ont passé une belle année. Opale et Balthazar ne montrent pas vraiment qu’ils sont frère et sœur et sont très indépendants. La maitresse m’a dit que la seule chose qui les liait en classe était le temps de récitation de poésie. Ils se regardent dans les yeux et se soutiennent mutuellement.

Concernant l’année de CM1 à venir, ils ont choisi d’être ensemble. Adémar n’est plus aussi motivé que l’année dernière pour être seul. Opale dit qu’elle veut forcément être avec un de ses frères et pour Balthazar toutes les possibilités sont permises.

Je suis allée discuter avec leur institutrice qui m’a expliquée que de toute façon il n’y aurait probablement qu’une seule classe de CM1 l’année prochaine. Donc dans tous les cas, ça résout le problème !

Vous n’imaginez pas à quel point ça me fait plaisir !

Comment se passe la gestion de mon quotidien depuis que j’ai des multiples?

Alors si vous vous souvenez, j’avais écrit un article là-dessus en juillet 2017. Le voici !

Il mêle mon quotidien de maman de multiples et de maman de famille nombreuse ! Cette vie à 100 à l’heure était déjà présente lorsque mes quatre « grands » étaient « petits ».

Mais mes journées se sont bien calmées depuis. Les filles ont grandi. Les grands vont à l’école seuls. Je ressens moins de pression dans les tâches à effectuer.
Je reste très organisée, mon esprit est toujours parasité par de petits détails organisationnels et je continue à anticiper beaucoup de choses mais globalement on a gagné en sérénité !

Ce que m’a apporté le fait de devenir maman de multiples :

Beaucoup d’amour ! Alors ce point concerne certainement toutes les mamans et pas seulement celles de multiples mais c’est ce qui me vient à l’esprit en premier!

IMGP0172.JPG

IMGP0122.JPG

DSC_0127.jpg

A côté de ça, accueillir des multiples m’a permis de prendre confiance en moi. Je me sens assez fière de ce que j’ai réussi à accomplir jusqu’à présent et de ce que j’ai l’impression de leur apporter. Mes enfants sont de belles personnes et je me dis que si on continue comme ça, ils deviendront des adultes confiants, heureux et respectueux.

Dans tous les cas, je reste persuadée que le simple fait de devenir maman d’enfants d’âges différents n’aurait pas fait de moi la personne que je suis maintenant.

Avec le recul quelles ont été les principales difficultés que j’ai rencontrées?

Je crois que chaque étape a été difficile et éprouvante pour moi. De la grossesse, à la prématurité, aux nuits pourries pendants plusieurs mois, aux maladies infantiles X3 ou même X4, aux sorties d’école mêlant fatigue et hurlements …

Mais si je devais en choisir une ce serait sans aucun doute la prématurité avec cette inquiétude qui ne m’a pas quittée, mais aussi la culpabilité dont je n’ai pas réussi à me défaire avant plusieurs années et la séparation anormale entre des petits êtres si fragiles et leur maman !

Voilà ! J’espère que cet article vous a plu!

Si vous avez envie de participer, envoyez-moi un mail à :

trottinettesetturbulettes@gmail.com