6 – Mylène, maman de jumelles de 2 ans !

Mylène est la maman de Nina et Lola, deux petites filles qui fêtent leurs 2 ans aujourd’hui !

Son chemin vers la maternité a été semé d’étapes très angoissantes puisqu’elle fait partie de ces femmes qui ont vécu une grossesse monochoriale monoamniotique, particulièrement rare dans le monde de la gémellité !

Je me retrouve beaucoup dans ce qu’elle décrit et dans la manière dont elle a été parachutée brutalement dans un monde complètement inconnu.

Elle a accepté de partager son expérience sur mon blog et j’en suis ravie puisqu’elle m’a transmis un texte très joliment écrit et vraiment bien détaillé.

Voici son récit :

1 – Comment as-tu découvert ta grossesse multiple?

Notre parcours de découverte de la grossesse a été long et à rebondissements. Après 9 années de vie de couple, une maison, un chien, nous avons eu l’envie de créer notre famille. C’est naturellement que j’ai arrêté de prendre la pilule sans pour autant compter mes cycles. Nous nous étions dit que le bébé arrivera quand nous serions prêts.

Cinq mois s’écoulent. Je fais un malaise au travail. Le médecin me pose la question nécessaire : « Quand étaient vos dernières règles ». Nous comptons ensemble : 35 jours. Suite à ses recommandations, je fais un test urinaire : négatif. Une semaine plus tard, je refais un second test urinaire : à nouveau négatif. Une semaine supplémentaire s’écoule sans que j’aie mes règles. Je refais un troisième test urinaire. Je n’ai même pas besoin de patienter les 3 minutes demandées, je vois tout de suite un petit trait supplémentaire s’afficher. Cette fois le test est positif, je suis enceinte !

Je me dirige à nouveau chez mon médecin, qui me prescrit un test sanguin ainsi qu’une échographie de datation car il est impossible de connaître la date du début de la grossesse.

Je fais le test sanguin dès le lendemain, d’après mes hormones, je suis enceinte de… 8 semaines ! Ce qui était possible compte tenu de la date de mes dernières règles. On s’est simplement dit, « pas vraiment efficaces les tests urinaires » !

Le rendez-vous pour l’échographie de datation à lieu deux semaines après mon test sanguin. Je suis donc enceinte de 10 semaines…

Nous entrons dans la salle, je m’installe pour l’échographie. Le médecin pose la sonde et… sur un ton le plus naturel qui soit,elle nous dit : « oh bah il y en a deux ». Et c’est tout…

Là je rigole, le futur papa est bouche bée… et je demande mots pour mots : « Pardon ? Vous êtes sérieuse ? Vous êtes sûre ? ». Je crois que j’ai dû poser ces questions au moins 10 fois. Elle a fini par dire, « vous voyez bien là, il y a deux cœurs » puis elle nous les a fait écouter.

Finalement, je suis enceinte de 7 semaines et c’est une grossesse multiple et spontannée.

C’est très joyeux que nous sortons du cabinet, même si nos plans sont quelque peu chamboulés. Mais nous nous étions toujours dit « ça serait chouette d’avoir des jumeaux », qui aurait pu imaginer que notre vœu serait exhaussé ?!

Suite à cette bonne nouvelle, les jours passent jusqu’à l’échographie de la 12ème semaine.

Entre temps, nous avons annoncé la nouvelle à nos parents et j’ai fait l’annonce de ma grossesse à mes responsables et à mes collègues car j’ai été arrêtée 1 semaine et demi, j’étais vraiment fatiguée.

Le jour J de l’échographie est arrivé. Je partais en congés, je dis alors à tous mes collègues « on se revoit dans une semaine ! ».

Nous voilà dans le cabinet d’un nouveau médecin (oui, le suivi d’une grossesse multiple n’est pas effectué par tous les médecins).

Il démarre l’échographie, tout va bien, il y en a bien deux, ils bougent bien, ont des tailles tout à fait normales… Bref, pour nous tout se passe bien. Jusqu’à ce qu’on le sente interloqué, et qu’il nous dise « je vais pousser l’échographie parce que je veux être sûr, c’est trop rare ». Suite à cette phrase et aux autres « c’est trop rare » qu’il dit pendant qu’il ausculte, le stress monte en flèche.

Fin de l’examen, les explications tombent : les bébés sont reliés par le même placenta et sont dans la même poche amniotique. « Oui, et alors ? ». C’est vrai, je me souviens qu’en cours de SVT au collège et au lycée, on nous disait, « les faux jumeaux sont chacun dans une poche et les vrais sont dans une seule ». Sauf que, tout ça est légèrement simplifié. Même les vrais jumeaux ont une membrane qui les sépare l’un de l’autre normalement. Cela les protège. Deux bébés dans une seule poche c’est : d’abord une grossesse très rare (1 grossesse gémellaire sur 10 000 dans le monde nous dit le médecin) et c’est aussi bien plus compliqué… 1 chance sur 2 pour qu’elle aille au bout. 1 chance sur 2 que les 2 survivent, 1 chance sur 2 pour qu’on en perde 1, voire les 2 à tout moment de la grossesse…

C’est la douche froide, j’ai plus de risques de perdre mes bébés maintenant, que de faire une fausse couche pendant les 3 premiers mois. Voilà dans quel état d’esprit nous quittons le médecin.

Je vis, nous vivons, une grossesse monochoriale -monoamniotique. 0,01% des grossesses gémellaires dans le monde… Alors, oui, on voulait bien avoir des jumeaux, mais pas vraiment dans ces conditions.

Suite à cette découverte, le seul établissement de la région qui suit ce type de grossesse est le CHU de Nantes. Par chance, nous habitons à 20 minutes, et je souhaitais y être suivi avant même de connaître le type de ma grossesse.

Les rendez-vous s’enchaînent, médecin généraliste, obstétricien, échographe. Je ne suis évidemment pas retournée à mon travail à mon retour de congés.

2 – Comment s’est déroulé ton suivi de grossesse ?

Le suivi de la grossesse est intensif. J’ai le suivi mensuel classique avec l’obstétricien et surtout une échographie toutes les deux semaines avec le médecin qui nous a diagnostiqué la grossesse mono-mono.

En fait, le gros risque pour les bébés c’est l’enchevêtrement de leurs cordons ombilicaux. Cela arrive dans toutes les grossesses mono-mono. Bah oui, on est déjà en contact direct avec son frère ou sa sœur, on peut déjà jouer et se faire des câlins, on se balade partout dans le ventre de maman, l’enchevêtrement est inévitable. Soit cela reste plutôt lâche et tout va bien, soit les cordons se serrent, et c’est le nœud…

Le suivi est donc impératif pour connaître l’état de santé des bébés, et uniquement pour cela. Ce n’est que de la surveillance, si les cordons sont emmêlés, il n’y a rien à faire, pas d’intervention possible. Reste à espérer qu’ils ne se serreront pas pendant le reste de la grossesse. C’est une grossesse difficile, durant laquelle on vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Personne ne gère, on ne peut rien anticiper, imaginer, surtout ne pas se projeter (jusqu’au dernier jour car l’accident peut se produire n’importe quand).

C’est au premier rendez-vous avec l’obstétricienne du CHU que tout cela est mis à plat. On sait que personne n’est maître de rien, qu’on ne peut qu’attendre, que personne ne pourra sauver les bébés avant qu’ils ne soient viables (26 semaines en théorie). Je dis en théorie parce que laisser naître des bébés à 26 semaines de grossesse (même pas 6 mois) est une grosse décision à prendre. Leur développement est loin d’être terminé, le risque de séquelles pour des bébés aussi prématurés est énorme. Alors, nous avions décidé, après avoir vu des pédiatres, et avec leurs recommandations, que nous ne ferons pas naître nos bébés avant la 28ème semaine. C’est réellement très difficile à acter. En clair, on a choisi délibérément, de laisser nos bébés mourir si leurs cordons se serraient avant la 28ème semaine alors qu’ils étaient viables depuis la 26èmeparce que nous redoutions qu’ils aient des séquelles suite à la grande prématurité. Je vous avoue que j’espérais de tout mon cœur que si ça avait à se produire, ça se produirait avant la 26ème semaine parce que personne ne pourrait rien faire, ou alors après la 28ème pour pouvoir tenter de les sauver. Je ne suis pas sûre que j’aurais réussi à les laisser mourir sans rien faire pendant ces deux semaines bancales.

Donc, il faut attendre la 28ème semaine de grossesse, date de mon hospitalisation prévue jusqu’à la naissance des bébés au plus tard à 34 semaines (terme maximum pour ce type de grossesse).

Nous avions une échographie toutes les deux semaines. Je dis nous parce que le papa a été présent à chacune et a vécu cette grossesse à 100% à mes côtés. Le côté positif de toutes ces échographies, c’est que nous sommes devenus des experts ! Capable de différencier les différents organes de nos bébés grâce à la pédagogie de notre médecin ! Les premières minutes des échographies étaient souvent tendues jusqu’à ce qu’il nous montre nos deux bébés plein de vie ! On a rapidement su que nous attendions deux petites filles (3 mois et demi), et oui, 2 échographies par mois ça nous donne quand même des avantages !

On a aussi vécu des moments magiques. Nous les avons vues jouer en attrapant les pieds de leur sœur, ou en train de sucer son pouce ou encore, positionnées toutes les deux en cuillère pour se faire un gros câlin. Des souvenirs que je garderai à jamais. Elles n’étaient pas encore nées que nous avions plus de photos de nos bébés que n’importe quels autres parents !

Et puis, un jour, le cœur d’une de nos deux princesses bât moitié moins vite que ce qu’il devrait. Cela nous ramène à la réalité de la grossesse. Nous en sommes au 4ème mois. Un rendez-vous est repris la semaine suivante pour vérifier que toutes les deux sont toujours vivantes.

Cette semaine est interminable. Je les sens bouger, mais compte tenu du type de grossesse, je ne peux pas dire si je sens les deux ou une seule. Je crois que c’est la semaine la plus longue de ma vie.

Le fameux rendez-vous arrive.Comme d’habitude je suis stressée, je ne peux même pas regarder l’écran ; jusqu’à ce que le médecin nous dise : « elles sont là, tout va bien ». Soulagement général, le médecin lui-même était angoissé, la bonne humeur reprend le dessus et la suite du rendez-vous se passe sans encombre. Les deux bébés se portent très bien, leur petit cœur bat normalement.

Ce rendez-vous avec ce formidable médecin était notre dernier avec lui. Il a préféré que nous effectuions les prochaines échographies au CHU en cas de récidive de la diminution du rythme cardiaque.

La grossesse continue, nous arrivons au rendez-vous du 6ème mois avec l’obstétricienne. Mon col s’est raccourci. Il ne mesure plus qu’un centimètre (au lieu de trois centimètres en temps normal). Me voilà en menace d’accouchement prématurée (MAP). Nous sommes un jeudi, je devais entrer à l’hôpital le lundi suivant mais le médecin l’a avancée au lendemain. La grossesse en est exactement à 27 semaines + 4 jours. Allez les filles, plus que 3 jours à tenir pour y arriver à ces fameuses 28 semaines !

Vendredi matin 11h. Arrivée au CHU de Nantes pour, non plus un rendez-vous, mais pour une hospitalisation. Passage aux admissions : « vous serez au deuxième étage à gauche Madame ».

Ouverture des portes de l’ascenseur : 2ème étage… fléché vers la gauche, le service des « Grossesse à hauts risques ». Cette fois ça y est, on y est…

La sage-femme qui nous accueille est rassurante. Je me souviendrai à jamais de son prénom et de son visage, souriant et maternel envers nous.

Ma sage-femme (en fait, j’ai noué un tel lien avec toutes, que je les appelais toutes « Mes sages-femmes ») nous accompagne vers ma chambre, que j’ai appelé mon studio par la suite ! On me donne mon petit bracelet d’identification, et c’est le début d’encore plus de médicalisation : prise de sang, piqure de corticoïdes (pour aider les poumons et les cerveaux des filles à se développer lors de leur naissance qui sera prématurée), et premier monitoring. Le premier d’une longue,… longue série !!

Comme les filles étaient en mesure de naître, elles étaient très surveillées. J’avais deux monitorings par jour, puis 3 à partir de la 28ème semaine (voire 4 certains jours). Ces monitorings avaient pour objectif de détecter toute anomalie cardiaque qui pouvait présager d’un enchevêtrement de cordons trop fort. Mais il était aussi possible qu’il n’y ait pas d’anomalie visible au monitoring, et que l’enchevêtrement passe sous silence. Donc à chaque monitoring nous attendions d’entendre les deux cœurs battrent. Les monitorings sont des moments que j’ai appréciés, mes filles commençaient à devenir réelles petit à petit. Mais toujours sans se projeter.

En complément de ces monitorings quotidiens, je continuais d’avoir une échographie complète toutes les deux semaines, et une moins poussée les autres semaines pour visualiser la circulation sanguine au sein des cordons ombilicaux.

Nous sommes à 29 semaines, j’ai des contractions indolores depuis déjà quelques jours. Je sens mon ventre se tendre de temps en temps, mais ce n’est pas plus dérangeant que cela. Seulement, le 14 juillet (oui, on ne peut pas oublier cette date !), elles se rapprochent. Mon monitoring du matin a mis ma sage-femme en alerte. Je devais me reposer. A midi, toujours autant de contractions (une toutes les 10 minutes je crois). Et l’après-midi, je les sentais toutes les 7 minutes, 5 minutes… Mais je n’ai pas appelé la sage-femme, je n’avais pas compris le risque que présentaient ces contractions étant donné que je n’avais pas mal. Le soir, je me décide enfin à lui en parler… De toute façon, mon monitoring avait vendu la mèche ! Il montre bien mes contractions rapprochées. Après examen, le travail avait commencé, j’en étais à 2 cm et la sage-femme sentait même une tête !

Je me suis dit « parfait, je vais accoucher, mes filles vont être saines et sauves ! » Sauf que l’équipe médicale ne voyait pas les choses comme moi, tant qu’il n’y avait pas de signe d’enchevêtrement, il fallait qu’elles restent dans mon ventre, c’était là qu’elles y étaient le mieux.

Pour stopper mes contractions, j’ai été mise sous perfusion pendant 48 heures. Cela a fonctionné et nous avons continué l’hospitalisation.

30 semaines, 32 ! Un nouveau pallié, les filles ne seront pas des grandes prématurées !

Tout allait bien pour elles, elles étaient estimées à 2 kilo chacune ! La date de mon accouchement était programmée à la 34ème semaine.

Ces deux dernières semaines ont été éprouvantes. Il fallait qu’elles naissent. On se rapprochait du terme, elles étaient viables depuis un bout de temps, si on les perdait maintenant… si près du but, je m’en serai voulue à vie de ne pas avoir fait le forcing pour les faire naître à 32 car c’était déjà bien ! Il fallait qu’elles aillent dans leurs couveuses, elles y seraient bien plus en sécurité qu’à l’intérieur de mon ventre. Les nuits étaient dures, je me réveillais sans cesse et je les réveillais elles aussi pour vérifier qu’elles étaient toujours là. A ce stade, elles ne pouvaient plus changer de place dans mon ventre, je savais donc identifier à qui étaient tels ou tels mouvement (sauf à leurs pieds qui étaient au même endroit pour 3 d’entre eux). Mais une fois que je les réveillais je voulais qu’elles arrêtent de bouger pour ne pas qu’elles serrent les nœuds de leurs cordons. C’était très angoissant.

Et puis le jour de la libération arrive, le 22 Août 2016 ! Dernier monitoring, dernière échographie pour vérifier les positionnements, il est 10h, l’heure de la césarienne. Oui, c’est un type de grossesse qui n’autorise pas les naissances par voie basse, les cordons emmêlés, cela pourrait être dramatique pour les bébés.

3 – Raconte-nous la naissance de tes enfants.

On m’emmène au bloc pour la césarienne, seule. La présence du papa n’est pas autorisée au CHU de Nantes.

Il y a du monde autour de moi. D’abord l’anesthésiste, l’interne anesthésiste, l’infirmier anesthésiste. On me fait la rachianesthésie, j’étais paniquée. J’en tremblais. Si bien que l’anesthésiste est venue à côté de moi pour tenter de me rassurer. Au moment de la piqure, j’ai ressentie une grosse décharge électrique, j’en étais tellement surprise que j’en aie crié. A partir de ce moment-là, je ne sentais plus mes jambes. On m’allonge alors sur la table, nue et en croix. Je vois mon obstétricienne, deux sages-femmes (l’une d’elle s’est occupée de moi pendant toute mon hospitalisation,  c’est vraiment rassurant de voir des visages familiers et qui plus est, de personnes qu’on apprécie beaucoup), une interne en obstétrique et une externe.

Et puis tout va très vite, je vois et j’entends tous les gestes auxquels on m’avait préparée pendant ces deux dernières semaines. L’obstétricienne dit « incision » et je sais qu’on est au bout du chemin.

L’anesthésiste est toujours auprès de moi et me décrit tout ce qu’il se passe. Elle me dit « ça y est, je vois la tête ! C’est bien une fille ! » Et on entend les premiers cris de Nina. Elle est née à 10h36. On me la montre. Je lui fais des petites caresses sur son visage mais ne lui fais pas de bisou. Je ne sais pas pourquoi je ne veux pas. Avec le recul, surement parce que je voulais être sûre que sa sœur allait tout aussi bien qu’elle. Elle part rapidement rejoindre les pédiatres et son papa.

Nina n’a même pas le temps de partir que l’anesthésiste me prévient déjà de l’arrivée de la deuxième. On entend son cri. Et je me souviens entendre dire l’anesthésiste « c’est marrant elle n’a pas le même cri que sa sœur »!Il est 10h37, Lola est née. Tout comme Nina, on me la présente.Je lui fais un bisou et elle part vite rejoindre sa sœur.

Ça y est, c’est terminé… Le calvaire de la grossesse monochoriale – monoamniotique est terminé ! Les filles vont bien, elles sont vivantes et en bonus, elles sont nées « à terme ».

IMG_1755.JPG

Je me souviens entendre « c’est bien emmêlé »,… « Il n’y a pas que là que c’est emmêlé » (les cordons des filles étaient emmêlés sur toute leur longueur, elles ont eu beaucoup de chance) ; « je ne me sens pas très bien » (ça c’était l’externe qui participait à sa première césarienne !) et puis mes paupières sont lourdes, je n’arrive pas à lutter, je m’endors. Toute la pression de la grossesse est partie en même temps que mes filles sont nées, c’est le coup de massue.

Je dors… Je fais des malaises à cause des médicaments contre la douleur… Et je dors. Les 2 premiers jours après mon accouchement ont été laborieux.

Nina et Lola sont mises en couveuse, et sont amenées au service des soins intensifs de la néonatalogie. Elles sont sous CPAP (un masque à oxygène qui recouvre le nez et la bouche) car elles ont fait une déficience respiratoire peu après leur naissance.

De mon côté, une fois la mobilité de mes jambes retrouvées, je fais un malaise, ce qui m’empêche d’aller voir les filles. On me ramène alors dans ma chambre pour que je me repose.

Suite à une césarienne, il est préconisé de vite se remettre en mouvement pour éviter toutes complications et pour limiter la douleur. A 20h, j’arrive à me mettre debout mais impossible de marcher.

On m’emmène voir les filles à 22h. Je suis dans mon lit et très fatiguée. Je ne les vois qu’en photos car elles sont dans leur couveuse et je n’aperçois que les câbles auxquels elles sont reliées.

Le lendemain, on me ramène dans leur chambre en début d’après-midi, toujours dans mon lit. Là c’est notre premier vrai contact. Je fais mon premier peau-à-peau avec Lola et le papa peut faire les soins de Nina avant lui aussi d’avoir son premier peau-à-peau avec elle.

Cela ne dure pas longtemps, j’ai mon traitement à prendre et je refais un malaise. Je demande à arrêter le médicament qui me rend malade.

Le soir on me raccompagne dans la chambre des filles, mais cette fois en fauteuil roulant, je peux les voir dans leur couveuse, et caresser enfin ma petite Nina !

Le surlendemain, je vais mieux. Je mange, j’arrive même à prendre une douche.

Nous passons notre journée avec les filles. On alterne les peaux-à-peaux. C’est pendant cette journée que je réalise que je suis maman et que deux petits bouts de chou ont besoin de nous.

J’ai profité de la fin de mon hospitalisation pour être à leurs côtés le plus souvent possible.

4- Peux-tu nous décrire ton séjour à la maternité ?

Mon séjour à la maternité ne se résume donc pas à mon accouchement.

Au total, j’ai été hospitalisée 1 mois et demi, et les filles 1 mois et demi également.

J’ai très bien vécu mon hospitalisation. J’y étais préparée, nous y étions préparés. Comme je le disais, dès le premier rendez-vous avec mon obstétricienne nous avions abordé le sujet, tout comme la prématurité des filles. Je pense que mon hospitalisation a été beaucoup moins difficile à vivre pour nous que pour un couple dont la grossesse se déroule sans encombre et où tout bascule du jour au lendemain.

De plus, l’équipe soignante est très attentive et à nos petits soins.

D’abord mon obstétricienne. Un médecin très abordable. Elle a su être à notre écoute, répondre à nos questions. Elle a été juste : rassurante et réaliste en même temps. Elle a su nous maintenir la tête sur les épaules et a été d’une gentillesse absolue. Nous n’aurions voulu être suivis par aucun autre obstétricien qu’elle.

Et puis l’équipe du service du GHR est exceptionnelle. Les sages-femmes, les aides-soignantes et ASH sont là pour nous. Au fil des jours elles deviennent notre seconde famille.

Entrer à l’hôpital a été un soulagement pour moi. D’abord on arrivait sur la fin de la grossesse, il y avait plus de suivi, donc plus de chance que mes filles naissent vivantes ; et puis j’ai pu me protéger.

Ce que j’ai trouvé le plus dur dans cette grossesse, outre les risques pour les filles, c’est de devoir se justifier sans cesse et de répondre aux personnes de notre entourage qui ne comprennent pas vraiment les risques. Je sais que leurs réflexions étaient toujours dans le but d’être bienveillants, mais j’ai trouvé cela exténuant de devoir répéter pourquoi on ne préparait pas l’arrivée des filles. Notre entourage se veut rassurant en prononçant le fameux « il n’y a pas de raisons que ça se passe mal » ou alors « les médecins accentuent toujours les choses pour se protéger », mais en réalité, ces mots m’énervaient et me faisaient du mal, car si… il y avait des raisons pour que ça se passe mal…

Alors une fois à l’hôpital, j’ai refusé toutes les visites de mon entourage (sauf nos parents et frères). Le fait d’être entourée de personnes qui savent, qui ne posent pas de questions où qui ne font pas de commentaires ni de diagnostic est tellement reposant. Je me sentais bien.

Mes journées étaient bien rythmées :

Réveil à 7h30 pour le premier monitoring. Suivait le petit déjeuner. Je prenais ensuite ma douche avant que l’aide-soignante vienne prendre mes constantes. Une équipe venait ensuite faire le ménage de ma chambre avant que les médecins de garde viennent me voir.

Le futur papa venait ensuite me tenir compagnie, nous déjeunions ensemble et j’avais mon deuxième monitoring aux alentours de 16h.

18h00, le futur papa me disait à demain et c’était bientôt l’heure du diner.

20h00, troisième et dernier monitoring avant le passage de l’équipe de nuit.

Je n’avais pas le temps de m’ennuyer !

Concernant l’hospitalisation des filles, les impressions sont les mêmes. Le personnel des services des soins intensifs et de la néonatalogie est adorable. Ils sont tous plus doux les uns que les autres, on sent que nos bébés sont entre de bonnes mains. Ils sont aussi très pédagogues. Ils nous ont appris à faire les soins de nos filles, à les nourrir avec beaucoup de gentillesses.

Avec le recul, si les filles n’avaient pas été hospitalisées, nous n’aurions pas autant profité d’elles. Le fait d’être à l’hôpital, il n’y a rien d’autre à faire que de s’occuper d’elles. Tous les jours, nous faisions des longs peaux-à-peaux avec elles. Nous n’en aurions sûrement pas fait autant si nous étions rentrés à la maison rapidement.

Les journées étaient rythmées par les alimentations, d’abord par sonde gastrique puis par biberon. Avant chaque nourrissage, il fallait changer les couches et une fois par jour faire la toilette. En général, pendant l’alimentation par sonde, nous étions en peau-à-peau car il ne fallait pas porter les filles le temps qu’elles digéraient pour éviter les remontées.

Leur hospitalisation nous a donné de beaux moments où nous faisions petit à petit le passage de la vie de couple à la vie de famille. Le tout superbement encadré.

5 – As-tu allaité ou as-tu donné le biberon?

Après leur naissance, les filles n’étaient pas en mesure de téter. Elles étaient donc nourries par sonde.

Dès leur naissance, j’ai tiré mon lait. Bon la première nuit ce n’était que de la stimulation manuelle où je n’ai pu récupérer que quelques gouttes de colostrum. Mais par la suite je tirais assez pour nourrir mes deux filles. Je faisais 9 séances de tire-lait par jour, il a fallu que je sois rigoureuse sur les horaires pour produire plus de lait. Les résultats ont été vites visibles. Je tirais 1 litre 2 en moyenne, ce qui suffisait largement à nourrir mes filles.

Lorsqu’elles sont sorties de l’hôpital, j’ai laissé 6 litres de lait au lactarium. Ce lait a été pasteurisé et donné à des petits bébés qui en avaient besoin.

Lorsque les filles ont été en mesure de téter, j’ai essayé à plusieurs reprise de leur donner le sein à l’hôpital, mais elles avaient une bouche trop petite et ne prenait pas correctement le sein, ce qui me faisait très mal, jusqu’à en arriver au sang. J’ai donc troqué le sein pour le biberon (mais toujours avec mon lait), au plus grand plaisir du papa qui a pu donner le biberon à ses bébés.

Ce n’est qu’une fois rentrés à la maison que j’ai retenté de donné le sein, et ça a fonctionné. Je les nourrissais toutes les deux en mêmes temps, chacun en position du « ballon de Rugby ». C’était des moments magiques, nous nous retrouvions toutes les trois, elles se caressaient, me caressaient aussi. Des instants que je n’oublierai jamais.

A 2 mois, nous avons démarré un allaitement mixte. 3 biberons ou tétées de mon lait, et 2 de lait en poudre. Cela m’a permis de tenir sur la longueur. J’ai arrêté de tirer mon lait au bout de 4 mois, la dernière tétée a eu lieu à 4 mois et demi et elles ont eu mon lait jusqu’à leurs 5 mois (car nous avions un stock de 12 litres au congélateur).

6 – Peux-tu nous dire quelques mots sur les premiers mois avec les bébés ?

Les premiers mois avec les bébés ont été plus faciles que ce que nous pensions. Le premier mois et demi a été effectué à l’hôpital où nous avons appris tous les gestes. Nous sommes rentrés à la maison en étant déjà organisés et rodés.

Le papa a pu ajouter des congés payés à son congé paternité. Nous sommes restés 1 mois et demi tous les 4 à la maison.

Pour la gestion des nuits, lorsque l’une d’elles se réveillait, nous réveillions la seconde et nous les mettions au sein toutes les deux. Ce qui nous a permis de gagner des heures de sommeil.

Pour le reste, tout s’est fait tout seul. Nous nous sommes adaptés à leur rythme.

7 – As-tu repris le travail à la fin de ton congé maternité ?

Non, à la fin de mon congé maternité, j’ai pris un congé parental de 2 ans. J’avais besoin de profiter des filles et de les voir grandir.

8 – Tes multiples sont-ils ensemble ou séparés à l’école ? Ce choix est-il le vôtre, celui des enfants ou a t-il été fait par le personnel enseignant ?

Si tes enfants ne sont pas encore scolarisés, as-tu déjà des souhaits ?

Les filles ne sont pas encore scolarisées, mais nous souhaitons qu’elles soient dans la même classe au moins au début de leur scolarité. Nous pensons que c’est important pour elles d’avoir leur repère dans ce nouvel environnement. Lorsqu’elles en ressentiront le besoin, alors nous feront en sorte qu’elles soient séparées.

9 – Comment se passe la gestion de ton quotidien depuis que tu as des multiples ?

Le quotidien est effectivement chamboulé mais il l’est pour chaque jeune parent. Le fait d’être en congé parental permet de vivre sereinement, sans stress sans autre impératif que le bien-être des filles. Il est vrai qu’aujourd’hui nous vivons autour de leur rythme (repas à heures fixes, siestes, bains, nuit). Nous avons quand même conservé nos activités sportives, ce qui nous dégage du temps pour chacun, nous ne sommes pas que parents.

10 – Qu’est ce que t’a apporté le fait de devenir maman de multiples ?

Cela m’a appris à vivre au jour le jour, à relativiser, et cela m’a recentré sur moi et ma manière de vivre ma vie. Vivre avec cette épée de Damoclès pendant la grossesse m’a appris qu’il faut vivre au présent, et tout faire pour qu’on y soit heureux. Respecter ses propres besoins et envies.

IMG_1978.JPG

11 – Avec le recul que tu as, quelle est la chose la plus difficile selon toi ?

La chose la plus difficile pour moi est de savoir se reposer. Avoir des multiples est extrêmement prenant. Les premiers mois, je ne vivais que pour elles et j’étais complètement épuisée, je voulais que tout soit parfait. Aujourd’hui, si je suis fatiguée mais qu’il y a du ménage à faire, je fais une sieste, le ménage attendra. Les filles ont besoin d’une maman en pleine forme ! Et le papa aussi !

♦♦

Je remercie beaucoup Mylène pour son témoignage.

Si vous avez envie de partager votre expérience de la maternité multiple, n’hésitez pas à m’envoyer un mail sur : trottinettesetturbulettes@gmail.com

 

 

Publicités

2 commentaires sur « 6 – Mylène, maman de jumelles de 2 ans ! »

  1. Bonjour
    Je viens d’apprendre ma grossesse gémellaire mono mono ..
    Je suis enceinte de 7 semaines et découvre cet article. Merci beaucoup pour le partage qui « rassure ».
    Ma Gyneco m’a tellement noircit le tableau lors de la découverte que je n’arrivais pas à accepter cette deuxième grossesse (alors que la première de mon petit garçon a été superbe)
    Donc un grand merci pour ce récit !
    Belle continuation à Mylène et ses princesses
    Aurelie

    J'aime

    1. Bonjour Aurélie ! Suite à ton message de ce matin je me permets de te répondre sur quelque chose qui me questionne. Qui a fait ton diagnostic de chorionicité ? Je suis presque certaine que la chorionicité de la grossesse ne peut être déterminée si tôt ! J aurais tendance à te dire de te rapprocher d’une association jumeaux et plus ou de prendre un autre avis médical avec une personne plus spécialisée dans les grossesses multiples… Bonne journée à toi et belle grossesse !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s