4 enfants et enceinte : une justification permanente !

Quand on a quatre enfants, et encore plus des triplés, les gens que l’on rencontre arrivent de suite à la conclusion qu’il n’y aura plus d’enfants à venir. On subit régulièrement des réflexions et des questions intrusives . «  Vous êtes tranquille, vous les avez tous fait d’un coup, plus besoin de s’y remettre » «  Et alors, vous ne voulez pas d’autres enfants quand même ». La négation de cette dernière phrase est très symbolique et montre à quel point le jugement extérieur est omniprésent.

Quand j’ai appris ma grossesse triple, j’ai compris que je ne vivrais pas une grossesse ordinaire, encore moins un accouchement serein et un peau à peau dès la naissance. J’avais du mal à imaginer la vie avec trois bébés, et l‘énergie que j’allais devoir leur consacrer. Je n’imaginais pas à quel point avoir des triplés était source de justification permanente où que je sois. Mais une chose était sûre, j’aurai un autre enfant. Pour vivre une grossesse la moins médicalisée possible, pour réfléchir à un projet de naissance, pour porter, materner, cocooner et enfin pour prendre le temps de s’occuper d’un seul tout petit.

Mais j’ai vécu un divorce, j’ai eu des doutes quant au fait de rencontrer un homme capable d’accepter quatre enfants, d’être en accord avec mes principes éducatifs, de les respecter, mais aussi de m’aider, de me soutenir et de m’épauler au quotidien dans les doutes et les moments de fatigue.

Je n’ai pas eu besoin de chercher très loin, finalement, il était présent dans ma vie et depuis déjà très longtemps. Le fait est que : accepter les enfants de l’autre c’est une chose, vivre sa vie par contre, c’en est une autre. J’ai pensé plusieurs fois qu’il allait partir, que sa place était ailleurs, je n’avais pas envie de le contraindre à une vie qu’il n’avait pas choisi, ni envie qu’il subisse mon quotidien. Ce quotidien que finalement, je n’ai pas choisi non plus, j’ai juste appris  à vivre avec.

N’ayant lui-même pas d’enfants, je savais que ça allait être un projet au sein de notre couple.

Nous avons attendu de passer quelques étapes importantes avant de mettre ce bébé en route.

Sauf que ce que nous  n’avions  pas prévu c’est que deux bébés viendraient s’installer dans mon ventre!

Souvent on me dit « Mais oui normal, nous on savait que tu allais refaire des  multiples ! »

Ah bon ?? Qui sont les gens pour affirmer ça ? Quelles sont les chances pour qu’une femme porte deux fois des  multiples ?  En quoi était-il certain que je reporte plusieurs bébés en même temps ? Parce que j’ai fait des triplés spontanément ? Parce que mes 3 enfants sont issus de trois ovulations différentes alors  je suis condamnée à ovuler plusieurs fois tout au long de ma vie ? Pourtant Zéphir est bien arrivé tout seul lui !

Le fait est, que, peut-être les gens  savaient et y étaient préparés mais moi non ! D’ailleurs je crois que je ne voulais surtout pas y penser. Parce que plusieurs bébés d’un coup c’est trop dur. Parce que la grossesse n’est pas sereine. Parce que j’ai peur de revivre la prématurité. Parce que l’allaitement est quand même compliqué.  Parce qu’on profite moins de chaque enfant. Parce qu’il faut trouver des solutions pour répondre aux besoins de chacun en même temps. Parce qu’un changement de voiture s’impose (encore !) ! Et parce que j’imaginais juste un petit dernier.

Alors la bonne nouvelle, dixit ma gynéco «  c’est que cette fois il n’y en a que deux ! » Whaouuu, victoire ! Pas de triplés cette fois-ci, je peux être fière, je n’en ai fait que deux ! Sauf que c’est un choc pour moi. J’avoue ne pas avoir envie de revivre une grossesse multiple. J’avais imaginé une relation exclusive avec un nourrisson. Quelque chose d’assez simple «  Allez bébé, je te mets dans l’écharpe et on va chercher les grands à l’école ». Et bien là non, ce sera : « Allez les bébés, on se prépare, un dans la poussette (celui qui a déjà tété de préférence) et un dans l’écharpe. Surtout, penser à compter au moins trente minutes le temps de les préparer. Et hop, on descend la poussette du premier étage et on y va…»

Heureusement, monsieur l’amoureux est là pour me rassurer. Calme, serein, confiant et surtout très content ! Je digère donc assez vite cette nouvelle et me projette dans une vie que je n’avais pas imaginée. D’ailleurs, si, il y a dix ans, on m’avait dit que je serais maman de six enfants ( qui plus est, avant trente ans), je pense que j’aurais ri !

Très vite mon ventre a commencé à se voir. Que ce soit, dans la rue avec mes enfants, à la sortie de l’école ou même au laboratoire, il faut que je me justifie. D’abord une justification par rapport au fait d’être « encore » enceinte. Bon finalement ce n’est que ma troisième grossesse, on se calme ! Mais aussi sur le nombre de bébés que je porte…

Ce n’est pas toujours facile de savoir quand il faut, ou pas donner plus d’explications. « Oui en fait, c’est un remariage, mon époux n’a pas d’enfants, donc on a fait un petit dernier/premier et puis finalement il y en a deux ».  Ou alors ne rien dire et tenter de répondre aux « Whooo bravo pour le petit cinquième !!! » « Euh en fait cinq et six…. » « Oh !!! Ben dis donc ! Incroyable ! Et ça va, ton mari le prend bien ? Ça ne le fait pas flipper d’être père de six enfants ?? »

Je crois que la situation la plus sympa, c’est celle de ceux qui tentent des blagues . « Et alors, pour la petite blague, il y en a bien qu’un cette fois-ci ?? » « Et bien non, ce sont des jumeaux ». Joues rouges , gros blanc et excuses arrivent en général à ce moment là.

Étant donné que j’ai mis un peu de temps à accepter la situation, j’avais tendance au départ à me justifier sur le fait que non je n’ai pas voulu faire des jumeaux, que c’est spontané, que s’ils sont là c’est qu’il y a une raison : Ils seront bien tous les deux au bout de la fratrie. Un singleton se serait ennuyé avec la différence d’âge. Et puis je l’aurais complètement étouffé cet enfant.

J’avais déjà appris à passer sur les discours moralisateurs et jugeants après avoir eu mes  trois petits. Alors oui, je me promène fièrement avec mon gros ventre et mes quatre petits. Oui j’ose répondre à la dame du laboratoire que cette grossesse a été désirée et que oui, effectivement je fais jeune parce que je le suis. Je me justifie moins, j’explique juste la situation parce que finalement, je crois qu’il n’y a pas de modèle familial idéal. Ces bébés sont là, ok, on va s’organiser pour que chacun trouve sa place et s’épanouisse correctement avec tout l’amour que nous serons à même de leur donner. J’ose espérer que des enfants arrivant après quatre plus grands vont s’intégrer tranquillement dans la vie familiale sans que ça ne nous demande un réel effort puisque les rythmes des plus grands sont déjà très bien établis. Alors oui, maintenant je peux le dire, on les aime déjà très fort et on a hâte qu’ils naissent pour les rencontrer !

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11 commentaires sur « 4 enfants et enceinte : une justification permanente ! »

  1. Nous aussi on a hâte de les rencontrer!!
    J’ai été très touchée par ton récit. C’est votre histoire maintenant et on est tous certains que vous ferez des jeunes parents supers! Profites de ta grossesse avec monsieur et avec les 4 premiers aussi qui sauront très bien les accueillir c’est certain.
    Bisous à tous les 8 😊

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  2. Gé-nial! Tout simplement…moi je me justifie en permanence de pourquoi je n’en ai pas, franchement m* à la fin! On fait bien comme on veut ! Des bécots et surtout félicitations!!

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  3. Bonjour Athéna,
    Moi aussi j’ai cru que j’avais à me justifier de mettre un 4ème en route alors même que mon 2ème et ma 3ème, n’ont que 13 mois d’écart, que j’avais failli les perdre tous les 2, que ma 3ème a été opéré à 9 jours, qu’elle est restée les 2 premiers mois de sa vie au CHU ? que les 2 ans qui ont suivi ont été des retours et séjours successifs au CHU, que mes césariennes avaient été difficiles, douloureuses, que ma 1ère n’avait que 3 ans et que la vie était déjà dure et compliquée…. mais finalement peut-être qu’il faut prendre les choses différemment ; à savoir de manière positive. Les gens ne demandent pas forcément de vous justifier sur le nombre d’enfants que vous avez mais ils sont plutôt curieux et admiratifs et j’ai vite considéré que si les gens me posaient des questions sur ce sujet, c’est qu’ils avaient de l’intérêt pour moi, pour ma famille et ça c’est plutôt positif et plaisant….

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  4. En fait il ne faudrait pas que les commentaires des gens nous touchent, ils expriment leurs propres craintes ou regrets des fois. Ces commentaires finalement ne nous concernent pas, ce n’est pas parce que eux n’ont pas fait ça ou n’ont pas réussi à faire ça que ce n’est pas bien pour nous. Chacun sa vie !
    J’aime ta philosophie 🙂

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      1. Bonjour,
        Mais quelles sont ces personnes qui vous tiennent des propos peu sympathiques sur votre vie ?
        Je suppose qu’ils ne sont pas de vos proches, de votre famille, de vos amis ?
        Il faut, par conséquent, ne pas en prendre ombrage car même si c’est en effet déplaisant, ces personnes ne sont pas des gens que vous aimez et qui vous aiment ? et encore moins des gens que vous fréquenterez de manière régulière ?
        Je pense qu’on est le plus blessé par la non empathie, sympathie des personnes que l’on chérie….
        Et puis la meilleure réplique à ces personnes c’est le rayonnement, le sourire… Montrez que vous êtes épanouie et heureuse….
        Stéphanie

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  5. Nous sommes aussi une famille recomposée, avec chacun un grand et 2 petits. Vu la différence d’âge, c’était une certitude pour moi que nous aurions 2 enfants ensemble, afin de ne pas avoir un petit avec un grand écart d’âge avec les aînés. Mais ce qui nous semble une évidence en terme d’harmonie familiale ne l’est pas forcément pour l’entourage. Depuis la naissance de notre 4e, j’ai eu plein de réflexions de notre famille surtout « Ah, mais maintenant c’est bon, vous n’en aurez plus d’autres n’est-ce-pas », etc… C’est super intrusif car on ne leur demande pas de les élever à notre place. D’ailleurs, avec quelques années de moins, on aurait bien continué 😉

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    1. Oui le jugement des autres est toujours très présent. Mais je croos qu il l est dans toutes les famille. Ça commence par  » quand est ce que vous faites un bébé ? » Puis quand le premier a 2 ans  » quand est ce que vois faites le deuxième ? » et par contre quand tu dépasses 3 ça devient : » bon c est le dernier alors !  » …….

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